LA SEIGNEURIE DE L'ÎLE PERROT ET LA POINTE DU MOULIN

 

Rapport présenté à M. Sutherland, historien en chef à la commission des lieux historiques, au ministère des Affaires indiennes et du développement du nord, le 14 mai 1971.

Claude Minotto

Moulin de l'Île Perrot, photo 1971

 

 

TABLE DES MATIÈRES

AVANT PROPOS. 3

INTRODUCTION.. 4

PREMIÈRE PARTIE. 5

TEIONNHINSKWARONTE ET LA SEIGNEURIE DE L'ÎLE PERROT. 5

1. François Marie Perrot et son île : un panthéon de la traite, 1671 ‑ 1684. 5

2. Les LeMoyne et l’Île Perrot (1684‑1703). 16

3. Les Desruisseaux et l'Île Perrot (1703‑1753). 19

4. Jean Baptiste Leduc et la seigneurie de l'Île Perrot (1753‑1785). 25

5. Des seigneurs à distances. 27

6. Le partage de 1'î1e, 1817. 28

7. Transactions ultérieures. 29

DEUXIÈME PARTIE. 32

LES IMMEUBLES DE L'ÎLE PERROT ET LA POINTE DU MOULIN.. 32

CONCLUSION.. 38

BIBLIOGRAPHIE. 39

I. Sources officielles. 39

II. Ouvrages de base, généralement reconnus comme sources. 39

III. ETUDES. 40

APPENDICE 1. 42

Plan de l’établissement du Domaine seigneurial de l’Île Perrot (Pointe Du Moulin) 42

APPENDICE 2. 43

PLANS D’ARCHITECTURE DU MOULIN ET DE LA MAISON DU MEUNIER.. 43

 

AVANT PROPOS

 

Les exigences spécifiques du projet 90/4‑C.2/ s'énoncent comme suit:

"The Contractor will conduct research in primary and secondary sources in Montreal, and other places as required, and produce a documented research report on the history of the seigneury of Île Perrot. The report will be typed on 81/2 x 11” paper, doubled‑spaced and submitted in one copy. The Contractor will also build up and maintain

a system of legible 5"x 8" note cards during the course of his research and deliver these together with the final report to the Senior Historian by May 14, 1971."

Au terme de mon engagement, je soumets à votre examen le résultat de mes recherches, conformément à l'esprit et à la lettre du contrat.

La Pointe du Moulin en avril 1971. L’inondation dépasse le site de la maison du meunier d’environ 500 pieds. (La maison du meunier se trouve dans le coin supérieur droit de la photo.)

Le rapport écrit et mis en page est différent et d'une certaine façon, indépendant des fiches de documentation. La majeure partie des fiches n'est que l'enregistrement, par ordre chronologique, des données de faits au sujet de l'Île Perrot. I1 s'agit là du premier bloc de fiches; les autres sections lui sont complémentaires. La deuxième série de fiches apporte un ensemble d'observations sur les travaux de construction, l'architecture et les ménages chez les colons canadiens. La troisième section est un mini‑dossier photographique des immeubles d'intérêt historique situés sur la Pointe Du Moulin. La quatrième section est un rapport des études de l'historien Adair et de l'architecte Traquair au sujet du monument historique connu qu'est l'église Sainte‑Jeanne‑de‑l'Ile‑Perrot; (en ce qui nous concerne, l'importance de la chapelle (sise près de l'église) réside dans le fait que cette chapelle fut d'abord construite sur la Pointe Du Moulin aux environs de 1740; voir appendice 4, no.4). Enfin, la section numéro 5 des fiches est un index bibliographique absolument identique au relevé que l'on trouve aux pages du rapport.

D'autre part, le texte mis en page est une appréciation de la documentation contenue dans les fiches. Le texte synthétise (1) et commente la documentation accumulée, dans le but de promouvoir et d'orienter la spéculation sur la "Pointe Du Moulin" en tant que site historique.

"... The written record is the remnant of the past’s words. However, the orderly arrangement of letters embodies more than mere sounds; words shroud emotions and feelings as well. Imagination is the indispensable mortar required for binding words and feelings in a document ..."

Qu'il soit entendu que ce rapport n'est qu'une ébauche expéditive au sujet de l'expérience seigneuriale de l’Île Perrot.

 

INTRODUCTION

Un des principaux objectifs des colonisateurs français en Nouvelle-France était l'exploitation des ressources facilement accessibles (easy get‑at‑ables and sellables). Dès le début, la fourrure, la richesse la plus évidente de la Nouvelle‑France, devient le plus grand centre d'intérêt de la colonie. A différents degrés d'intensité selon la période, la traite est le déterminant qui donne le ton à l'activité économique de la vallée du Saint‑Laurent jusqu'au début du dix-neuvième siècle.

La Pointe du Moulin en 1970. La bâtisse au premier la est la maison du meunier ; immédiatement à sa droite est l’arche d’entrée. Plus loin se dresse le moulin ; et complètement à l’arrière-plan, derrière le moulin, il s’agit d’une petite maison assez récente.

L'extraction et la mise en marché de la fourrure exigeait la pénétration du continent nord-américain. Les transports et communications étaient les éléments essentiels du succès du commerce de la fourrure (sinon son fondement. La découverte et l'utilisation du réseau fluvial qui désert la Nouvelle‑France mirent en évidence l'extrême rentabilité de l'exploitation de la fourrure; entendu que les frontaliers y investissent une large part de courage, d'ingéniosité et d'adaptation. Le continent avait un brillant avenir commercial; et cependant son étendue immense e t ses obstacles naturels défiaient tout moyen de transport connu. Selon l'expression de William Woods, le canot d'écorce (ou son homologue en bois de pin) sera pour le voyageur ce qu'était le chameau pour les Bédouins.

 

Durant les premières explorations, les Grands Lacs font l'objet d'une mythologie de l'Ouest, colportée par l'indien. Au cœur du continent était une mer d'eau douce que le chanoine Groulx a non sans raison appelée la Méditerranée américaine. 239,000 kilomètres carrés de pays où la fourrure abondait, croyait‑on, plus que partout ailleurs; le point de contact avec les Indiens courtiers en fourrures. Le Saint-Laurent est la"Route Royale" au bassin des Grands Lacs. Ses affluents et en particulier ceux de la rive nord prenaient une grande valeur commerciale.

Au nord-ouest de l'archipel de Montréal, la rivière des Algonquins (l'Outaouais ou encore la rivière Ottawa) rencontre le fleuve Saint-Laurent. En vertu de sa navigation facile, l'Outaouais fut, durant toute la vie de la Nouvelle‑France, le chemin le plus populaire à la fois pour lier Montréal aux Grands Lacs (ici nous parlons surtout du Lac Huron), et pour contacter les Indiens trappeurs des régions nordiques. Le parcours qu'offrait l'Outaouais par la rivière Mattawa, le lac Nipissing et la rivière Française demandait une quarantaine de portages; par contre, Champlain, au cours de ses expéditions, avait obtenu des autochtones qu'ils battent des sentiers pour faciliter ces portages.

"Teionnhinskwaronte" (Île Perrot), bien avant Montréal, (dont le nom indien est"Teion... quelque chose d'autre), se trouve au confluent des deux grands boulevards de la Nouvelle‑France, l'Outaouais et le Saint‑Laurent. L'histoire passée et présente de l'Île Perrot pourrait se résumer en un seul mot "l'isolement", avec les avantages et désavantages qu'il offre.

 

PREMIÈRE PARTIE

 

TEIONNHINSKWARONTE ET LA SEIGNEURIE DE L'ÎLE PERROT

1665. L'arrivée de l'intendant Jean Talon et de huit compagnies du régiment Carignan Salières. Cet envoi de Louis XIV donne de la force de frappe à. l'administration royale qu'il a inaugurée en Nouvelle‑France en 1663.

"... Depuis Cartier jusqu'à l'arrivée du régiment de Carignan, l'immense Nouvelle‑France, quasi inhabitée et aux prises avec l'Iroquoisie, ne peut que végéter. Mais lorsque les 1200 militaires viennent en 1665 renverser l'équilibre de la terreur qui y régnait depuis une vingtaine d'années, la population libérée pourra enfin songer à quitter sa tanière : un intendant de génie saura alors orienter son activité. Pour bien peu de temps toutefois, car la métropole, ‑ préoccupée par sa politique continentale – conseillera fortement à sa colonie de se débrouiller par elle-même l'obligeant ainsi à abandonner rapidement ses industries embryonnaires pour ne s'adonner à peu près exclusivement, durant un demi-siècle, qu'à la traite des fourrures..."

(Lahaise, Robert, Les principales phases de l'économie de la Nouvelle-France, essai publié dans Économie québécoise Les Cahiers de l'Université du Québec, Montréal 1969, page 11)

1. François Marie Perrot et son île : un panthéon de la traite, 1671 ‑ 1684.

1663. Devenue colonie royale, la Nouvelle‑France devait désormais être gouvernée par des candidats approuvés directement (ou par l'intermédiaire de personnes autorisées) par l'autorité souveraine. Paul Chomedy, Sieur de Maisonneuve, qui avait été nommé premier gouverneur de Ville-Marie par la Compagnie de Notre-Dame-De-Montréal, serait remplacé. Messieurs de Saint‑Sulpice, seigneurs de l'Île de Montréal, avaient l'autorité déléguée du roi de nommer le prochain gouverneur de Montréal.

1669. François Marie était gentilhomme français de naissance. Agé de vingt-cinq ans, il décide d'aller s'établir en Nouvelle-France en même temps que le régiment d'Auvergne dont il est capitaine. Perrot, qu'on en tienne compte, ne traverse pas en Nouvelle‑France comme missionnaire. I1 est l'émigrant typique dont le motif premier est la volonté de faire fortune dans le Nouveau Monde. D'ailleurs Perrot s'embarquait avec des avantages décisifs. I1 avait épousé Magdeleine de Laguide, nièce de l'intendant Talon. Avec un atout de ce genre, il est peu surprenant de voir Perrot obtenir de Monsieur de Breton Villiers (Supérieur de Saint-Sulpice) le poste de gouverneur de Montréal.

La Pointe du Moulin en 1970. Vue du côté 'est' de la maison du meunier. L’ouverture qui est pratiquée dans le mur de pierre au deuxième étage de la maison est une porte et non un châssis.

1671, (14 mars). Pour se soustraire de la dépendance aux seigneurs de Montréal, Perrot demande une commission royale pour son poste de gouverneur de Montréal; (au lieu d'un simple mandat accordé par Messieurs de Saint-Sulpice). L'oncle Jean prend en main la requête de son neveu et fait pression sur Colbert pour qu'il obtienne la commission. Sitôt dit sitôt fait, semble-t-il, tonton fait accorder une commission royale à Perrot.

En fait le génial Talon avait des idées bien précises au sujet du développement de la Nouvelle‑France par des militaires:

" … Cette manière de donner un pays nouvellement conquis, répond à l'usage autrefois reçu chez les Romains, de distribuer aux gens de guerre les champs des provinces subjuguées, qu'on appelait praedia militaria, et la pratique de ces peuples politiques et guerriers peut, à mon sentiment, être judicieusement introduite dans un pays éloigné de mille lieues de son monarque, qui à cause de cet éloignement, peut souvent être réduit à la nécessité de se soutenir par ses propres forces. Elle me parait d'autant plus à estimer qu'un jour elle procurera au roi un corps de vieilles troupes, capables de conserver cet État naissant du Canada contre les incursions des sauvages. C'est pourquoi les premiers de nos rois, plus grands politiques qu'on ne l'est persuadé, introduisaient dans les pays nouvellement conquis des gens de guerre, nés leurs sujets, dont la fidélité leur était bien connue, afin d'y contenir au-dedans les habitants dans le devoir, et au dehors d'éloigner leurs ennemis communs. Pour les y entretenir et les faire subsister, nos rois leur concédaient dans ces pays même des terres qu'ils cultivaient et qui leur fournissaient, par leurs productions, tout ce qui était nécessaire à la vie; pratique également économe et politique, puisque d'un côté elle épargnait les finances du trésor public, et que de l'autre elle intéressait les officiers et le soldat à la conservation du pays, comme celle de leur propre héritage." (Arrêts et règlements des Intendants du Canada, 24 janvier 1667; Québec 1855, page 33.)

Une soixantaine de concessions furent accordées en fief à des militaires. Sur le Saint-Laurent, ces terres s'étendent à partir du lac Saint-Pierre en remontant jusqu'à l'Île de Montréal.

" Pour mettre à exécution les intentions de Sa Majesté, qui veut et entend que les sauvages vivent avec les Français dans un esprit de douceur et d'union, et afin de fomenter l'alliance qui est entre eux, et de la cimenter par leur mutuel commerce, le Conseil a permis et permet, par provision et sous le bon plaisir de Sa Majesté, à tous les Français de la Nouvelle‑France, de vendre et de débiter toutes sortes de boissons aux sauvages qui voudront en acheter d'eux. Le même Conseil enjoint aux sauvages d'en user sobrement; et en cas qu'ils viennent à s'enivrer, il les condamne à être attachés par col, pendant deux heures, à un carcan ou pilori, comme aussi à payer une amende de deux castors, appréciables, l'un au dénonciateur, l'autre à qui il sera ordonné; et ils tiendront prison jusqu'à paiement de cette amende..." (Déclaration du Conseil Souverain du 10 novembre 1668; cité à la page 439 du tome 3 de l'Histoire de la colonie française en Canada, écrite par l'abbé Faillon en 1866.).

La Pointe du Moulin en 1970. Vue du côté 'nord' de la maison du meunier. Il s’agit de l’arrière de la maison.

Les trafiquants de fourrures, (militaires ou autres) portaient dans les bois l'eau de vie aux Indiens, malgré la législation interdisant cette activité.

"Le roi exigeait cependant, avec grande raison, que les personnes en place, à qui il aurait été si aisé, à la faveur du pouvoir dont elles étaient revêtues, de faire le monopole de commerce, s'abstinssent de toute espace de négoce, et usassent de leur ascendant et de leur autorité pour favoriser le commerce des seuls colons, en les obligeant toutefois de se conformer aux dispositions de ses ordonnances…

… par une sorte de fatalité bien désastreuse pour ce pays, la plupart des Gouverneurs, des Intendants et autres, que le roi envoya depuis ce temps pour être à la tête des affaires, furent des hommes sans fortune, et même complètement ruinés. Étant tous à la charge du roi, qui ne retirait rien de la colonie, ils avaient des appointements si modiques, qu'à peine auraient-ils pu vivre par le seul revenu de leurs places..." Faillon, Histoire de la colonie française en Canada, 1866 tome 3, page 444) "… ils (les fonctionnaires) se persuadèrent que le commerce dont nous parlons était un moyen de suppléer à la modicité de leurs appointements... Ils se mirent sur pieds de donner à quelques affidés des permissions écrites appelées congés, pour aller, sous couleur de chasse, faire la traite avec les sauvages dans les bois; et on a de graves raisons de pense:, qu'ils ne délivraient ces congés que dans l'espérance, ou même sous la condition expresse d'en partager le bénéfice. Ces autorisations accordées à la faveur excitaient d'autres individus, non ainsi privilégiés, à prendre d'eux-mêmes cette licence … (Faillon, Histoire de la colonie française en Canada, tome 3, Québec 1866, page 445).

Quoiqu'il en soit, les autorités métropolitaines et le roi lui‑même fermaient volontiers les yeux sur le commerce officieux et licencieux de ses représentants en Nouvelle‑France.

Les trafiquants et les coureurs des bois sont des officiers, des soldats, des agriculteurs, des colons, des marchands, tous des gens qui exerçaient le nouveau métier de la traite parce qu'ils y trouvaient une plus grande satisfaction et un plus grand revenu que dans la culture de la terre. Ils sont si nombreux que l'exploitation agricole en souffre. En 1673, l’État (le Conseil Souverain) doit passer des ordonnances frappant d'amendes les trafiquants sans licence. Les châtiments proposés devinrent de plus en plus sérieux mais les gens en place (magnats de la traite) les premiers en faisaient fi.

La Pointe du Moulin en 1970. Vue du côté 'sud' de la maison du meunier. Il s’agit de la façade de la maison.

Si on prend pleinement conscience de ce fait, on ne peut plus considérer les trafiquants et les coureurs comme des individus marginaux en Nouvelle‑France. Ils sont devenus bourgeois, grands, moyens et petits, et veulent développer l'économie la mieux adaptée à leur environnement. La réaction de ces bourgeois à la réaction sévère révèle le caractère indépendant de leur activité : certains réorientent leurs affaires vers les Anglais du sud. La métropole constatera la perte qu'elle subit et rendra sa législation plus accommodante

L'interprétation traditionnelle (et surtout celle à teinte religieuse) nous décrit toujours les successeurs de "saint" De Maisonneuve comme ayant fait beaucoup plus de tort que de bien à la colonie. Elle nous incite à les trouver tous pires l'un que l'autre. I1 semble qu'il faudrait apporter des nuances à cette perspective. Perrot, par exemple, ferait bien piètre figure devant Lucifer aux côtés de La Fredière. Il serait farfelu, et cela à plusieurs points de vue, d'essayer d'identifier Perrot à tous les maux de la région entre 1670 et 1684, comme plusieurs l'ont fait.

Girouard nous dit qu'en 1671 le lac Saint-Louis et ses environs était un important centre de traite. Perrot entendait participer activement à ce commerce fort enrichissant.

L'endroit que Perrot choisi pour établir son poste de traite était de loin le plus stratégique. De l'Île Perrot, au sud-ouest de l'Île de Montréal, ses hommes interceptaient de part et d'autre les Indiens et les coureurs qui descendaient le Saint-Laurent ou l'Outaouais avant qu'ils n'atteignent Montréal. Faillon ajoute :"… il (Perrot) envoyait même de là des hommes dans les bois pour courir après les chasseurs …".

Les fonctions de Perrot, en tant que gouverneur, le retenaient à Montréal. La traite qui se faisait à l'Île Perrot à son compte était par conséquent le travail de personnes interposées, moyennent une bonne commission pour eux. I1 s'agit d'abord d'un des sergents de la compagnie de Perrot, Antoine De La Fresmaye, Sieur De Brucy, dont le poste se trouvait au nord de l'Île Perrot, juste en face de Senneville. Plus tard en 1676, Brucy recevait officiellement cette partie de l’île en arrière-fief.

Le plus simplement du monde, Perrot licenciait ses soldats et dirigeait la traite sur l'Île Perrot, un an avant de demander cette île en concession.

"… Berthé De Chailly (enseigne de la Compagnie de Perrot) s’est fait concéder en 1671, un fief noble à côté de Belle‑Vue, à l'extrémité ouest de l'Île de Montréal. Officieusement il y pratiquait la traite au compte de Perrot. L'entreprise de Chailly en coopération avec celle de Brucy juste de l'autre côté de l'Outaouais, formait un ensemble économique des plus stratégiques ..." (Faillon op.cit., page 450).

Malheureusement pour Perrot, Chailly n'entendait pas partager les profits à la façon recommandée par le gouverneur.

La Pointe du Moulin en 1970. Vue du côté 'ouest' de la maison du meunier.

La métamorphose des officiers en trafiquants ne doit surprendre personne. Elle est la conséquence logique de la structure sociale française et de la politique Louis quatorzième: concéder des terres à des soldats, l'esprit et le caractère militaire étant plus aventurier et agressif que fermier. D'ailleurs à cette époque, le gentilhomme qui n'est pas gratifié sous forme monétaire ou occupationnelle par l'héritage paternel, généralement le cadet de la famille), choisit à défaut une carrière militaire. Celle-ci lui offre, en qualité de sa noblesse, un grade dès son entrée. Partant, le but premier de ce gentilhomme, s'il est entreprenant (comme Perrot l'était à un très haut degré) est de réaliser dans le cadre de sa carrière militaire fortune matérielle ou honorifique que ne lui a pas conférée l'héritage paternel.

Le commerce de l'Île Perrot prenait rapidement de l'ampleur et fit tôt d'irriter quelques particuliers. I1 souleva l'indignation et l'opposition de monsieur De Courcelles (gouverneur de la Nouvelle-france 1665‑1672) et monsieur De Breton Villiers.

Le 29 octobre 1672, Talon concédait officiellement à Perrot file qui depuis un an au moins portait son nom.

"Acte de concession de Jean Talon, intendant de la Nouvelle‑France, au sieur Perrot, capitaine au régiment d'Auvergne et gouverneur de l'Ile de Montréal, de l'isle dite Perrot et autres adjacentes comprises l'isle de la Paix, isles aux Pins, isle Sainte-Geneviève, isles Saint-Gilles, par nous ainsi nommées, dans la carte figurative paraphée ne varietur et jointe à la minute de la présente concession pour y avoir recours au besoin, en fief et tous droits de seigneurie et de justice…" (Registre d'intendance no.1, folio 5 ; publié dans Pièces et documents relatifs à la tenure seigneuriale, page 259).

La Pointe du Moulin en 1970. Gros plan du 'esse' de fer fixé au mur ouest de la maison. Sa fonction est de garder ouvert le volet droit du châssis.

Nous reproduisons ici des extraits de cet acte:

"… Sa Majesté ayant de tout temps recherché avec soin et le zèle convenable au juste titre de fils aîné de l'Église les moyens de pousser dans les pays les plus inconnus, par la propagation de la foi et la publication de l'Évangile, la gloire de Dieu, avec le nom chrétien, fin principale de l'établissement de la colonie française en Canada, et par accessoire de faire connaître aux parties de la terre les plus éloignées du commerce des hommes sociables la grandeur de son nom et la force de ses armes, et n'ayant pas estimé qu'il y en eut de plus sûrs que de composer cette colonie de gens capables de la bien remplir par la qualité de leur personne, l'augmenter par leurs travaux et leur application à la culture des terres, de la soustenir par une vigoureuse défense contre les insultes et les attaques auxquelles elle pourrait être exposée dans la suite des temps, a fait passer en ce pays bon nombre de ses fidèles sujets officiers de ses troupes, dont la plupart se conformant aux grands et pieux desseins de Sa Majesté, voulant bien se lier au pays en y formant des terres et seigneuries d'une étendue proportionnée à leur force; et le Sieur Perrot capitaine au régiment d'Auvergne et gouverneur de l'Île de Montréal nous ayant requis de lui en départir; nous, en considération de bons, utiles et louables services qu'il a rendus à Sa Majesté en différents endroits, tant en l'ancienne France que dans la nouvelle, depuis qu'il est passé par ordre de Sa Majesté et en vue de ceux qu'il témoigne encore rendre ci-après, en vertu du pouvoir par elle à nous donné, avons accordé, donné et concédé … (Île Perrot et autres îles adjacentes) … à la charge de Foi et Hommage que le dit Sieur Perrot, ses hoirs et ayant causes seront tenus de porter au château de Saint-Louis à Québec, duquel il relèvera… à la charge qu'il continuera de tenir feu et lieu sur la dite seigneurie, et qu'il stipulera dans les contrats qu'il fera à ses tenanciers, qu'ils seront tenus de résider dans l'an et tenir feu et lieu sur les concessions qu'il leur accordera ou leur aura accordée, et qu'à faute de ce faire il rentrera en plein droit en possessions des dites isles; que ledit Sieur Perrot conservera les bois de chênes qui se trouveront sur la terre qu’il se sera réservée pour faire son principal manoir, même qu'il fera la réserve des dits chênes dans l'étendue des concessions particulières faites à ses tenanciers, qui seront propres à, la construction des vaisseaux; pareillement qu'il donnera incessamment avis au roi ou à la compagnie royale des Indes Occidentales des mines, minières ou minéraux si aucun se trouvent dans l'étendue du dit fief, et à la charge de laisser les chemins ou passages nécessaires: le tout sous le bon plaisir de Sa Majesté…"

Notes (personnelles):

  1. Nous remarquons le soi-disant motif premier de la métropole française dans l'établissement d'une colonie en Amérique.
  2. Perrot contribuera largement à "faire connaître au pays" le commerce des hommes sociables. Nous entendons le commerce des fourrures, certes un des plus sociables de l'époque.
  3. Talon explique ici le principal motif du roi colonisateur. La primauté de ce motif est confirmée par la conviction de Talon que les officiers des troupes sont les plus aptes à coloniser la Nouvelle-France selon les intentions de Sa Majesté.
  4. La charge de Foi et Hommage est une des règles générales de la tenure seigneuriale; une règle dont Perrot, en sa personnalité de gouverneur à Montréal, pourra s'abstenir d'observer.
  5. Ceci est une autre règle de la tenure seigneuriale. Gouverneur de Montréal, et devant résider en cette ville, Perrot sera acquitté de cette obligation de tenir feu et lieu sur sa seigneurie.
  6. Ici l'intention de Talon est manifeste. Un des buts du régime seigneurial est d'inciter et même d'obliger les seigneurs à développer leur seigneurie par des concessions. Perrot, avouons-le, s'acquittera assez peu honorablement de cette tâche; par contre les circonstances démontreront que Perrot n'est pas entièrement à blâmer pour cet insuccès.

Plus souvent qu'autrement, François Marie Perrot est désigné sous le nom de Seigneur de Sainte-Geneviève (plutôt que seigneur de l'Île Perrot); par exemple dans les actes de baptême de ses enfants à l'église Notre-Dame-de-Montréal. Les îles Sainte-Geneviève se trouvent annexées à l'Île Perrot, dans le lac Saint-Louis, entre ce qui est aujourd'hui la Pointe du Domaine et la Baie d'Urfé sur l'Île de Montréal.

La seigneurie ce l'Île Perrot d'abord échappe à la formule topographique des concessions. La grande majorité des terres était concédées en rectangles étroits de part et d'autres du Saint-Laurent, le côté le plus étroit faisant face au fleuve, pour donner accès à l’eau aux plus grands nombre de colons. Par contre la seigneurie de l'Île Perrot était une Île triangulaire toute entière.

L'Île Perrot est à tous les points de vue un avant poste de la colonisation. Advenant une descente d'Indiens belliqueux (iroquois, agnier ou autre), elle serait la première touchée; d'autant plus que les troupes de Ville-Marie, comme le dit Faillon, étaient si peu considérables qu'à peine suffisaient-elles pour conserver l'ordre dans ce poste. On ne peut donc pas s'étonner du fait que Perrot, en raison de l'isolement de son île, n'a pas pu la peupler entre 1672 et 1684. Durant cette période, l'Île Perrot n'offrait à peu près aucun avantage aux colons en perspective. D'ailleurs dans toute la Nouvelle‑France, en 1675, i1 n'y avait encore qu'environ 8,000 habitants. L'État interdisait également la colonisation le long de la rivière Outaouais de peur que les colons ne s'y abandonnent exclusivement à la traite, en compétition avec les intérêts de Montréal.

La Pointe du Moulin en 1970. Gros plan du châssis inférieur sur le mur ouest de la maison. Les volets sont fermés.

Toutes ces raisons, couplées aux exigences des intérêts strictement commerciaux du gouverneur, font que la seigneurie de l'Île Perrot, sous l'administration de Perrot, n'a pas connu grand colonisation. Toutefois une lueur (qui pourrait être qu'une illusion) d'exploitation agricole de l'Île Perrot apparaît en 1674. Au nom de son mari François Marie Perrot (qui séjourne à la prison de Québec), Magdeleine De Laguide loue à titre de ferme et maison toutes les terres cultivables à la pioche ou à la charrue, situées à l'Île Perrot, à Jean de Lalonde dit l'Espérance et à son sociétaire Robert Henry. Ces derniers s'obligent cependant de se charger de tous les frais d'entretien de Louis Homo "déjà établi sur ces terres".(Greffe de Bénigne Basset, 13 juillet 1674, Montréal). En ce qui a trait aux défrichements que purent effectuer L'Espérance et Henry sur l'Île Perrot, il peut s'agir de la partie de terre qui s'appelle aujourd'hui la Pointe Du Domaine. Ailleurs on apprendra que L'Espérance est mort en 1687 tué par les Iroquois sur l'Île de Montréal.

En 1672 "débarquait à Québec le Très Haut et Très Puissant Seigneur Louis de Buade comte de Palluau et de Frontenac. Fastueux et ruiné, le successeur de Courcelles et de Talon - … ramène rapidement la Nouvelle-France à sa vocation naturelle : la traite des fourrures... Frontenac juge totalement illogique de fabriquer sur place des produits qui s'avèrent souvent de qualité inférieure à ceux qu'on importe de France ... D'ailleurs même sous un Talon désireux de diversifier l'économie, elle (la traite) était demeurée d'emblée la principale source de revenus. Aussi ne doit-on pas s'étonner de voir le gouverneur-panache lancer bientôt ses coureurs de bois ‑ prétextant parfois des corvées militaires pour s'éviter des frais trop onéreux… - à travers le continent nord-américain ..." (Lahaise, Robert, op. cit. page 15.)

La Pointe du Moulin en 1970. Châssis s’ouvrant sur le mur 'est', au premier plancher, à l’intérieur du tambour de menuiserie que l’on a ajouté à la maison.

LaSalle avait un poste à Lachine, licencié par Frontenac. Le conflit d'intérêt Perrot-Frontenac ne tarda pas à éclater au visage des deux gouverneurs. A ce sujet, Faillon nous laisse une anecdote qui illustre assez bien l’affaire :

"... au cours d'un voyage au lac Ontario, Frontenac s'est arrêté à Ville-Marie. Après que M. de Frontenac fut parti de ce lieu, les Outaouas y arrivèrent pour leur traite, comme ils faisaient tous les ans; et apprenant l'arrivée du nouveau gouverneur général qu'ils ne connaissaient pas encore, ils crurent devoir procéder à l'ouverture de la traite, en jetant selon l'usage, quelques peaux de castor pour lui en faire présent. A la vue de ces fourrures, M. Perrot, gouverneur, demanda à Nicolas Perrot, qui servait d'interprète, ce que les Outaouas voulaient donc signifier par là; et l'autre lui ayant répondu que ces paquets étaient pour M. de Frontenac, il entra dans une colère violente, et dit avec indignation, en usant de ces expressions triviales qui ne lui étaient que trop familières "Ces gens-là me prennent-ils pour un valet de carreau? S'ils veulent parler au gouverneur général, qu'ils montent donc au pays des Iroquois où il est allé. Quand il n'est point ici, c'est moi qui suis le maître, comme gouverneur de cette île pour le roi". Ensuite se tournant vers Nicolas Perrot, il ajouta :"dites-leur que c'est à moi, comme étant ici seul gouverneur, qu'ils doivent faire ces présents." L'autre s'excusa de leur traduire cette réponse, et il parait que sur ce refus, le gouverneur, qui parlait tête à tête avec lui le menaça de coups de bâton pour l'en punir. Cependant il n'en vint pas aux effets, et se contenta de leur faire traduire ces paroles par un autre interprète. Si l'on en croit Nicolas Perrot, les Outaouas furent plus maltraités encore cette année 1673,â Ville‑Marie, par le gouverneur de ce lieu, qu'ils ne l'avaient été l'année précédente, et s'en allèrent très mécontents ..." (Faillon, op.cit., page 464).

Fort incommodé, Frontenac cherchait par tous les moyens d'éliminer Perrot, son principal rival. En 1673 les relations entre les deux gouverneurs s'enveniment d'avantage lorsque Frontenac érige le fort Cataraqui (poste de traite) plus haut sur le Saint‑Laurent, à la décharge du lac Ontario. De cette Frontenac entaillait le commerce des fourrures bien au‑delà de l'Île Perrot. L'ire de Perrot fut totale. De son côté, il commet moultes actes arbitraires et injustes (emprisonnements sans procès de rivaux ou de Frontenacistes ...).

La Pointe du Moulin en 1970. Porte d’entrée de la maison, côté ' sud '. Il s’agit de l’entrée principale.

Frontenac semblait vouloir restreindre le commerce de la fourrure pour mieux le monopoliser. Il appliquait sévèrement les ordonnances du roi contre la traite par les habitants. Même les Indiens s’en plaignent. Perrot lui, volontairement ou non, contribuait à développer la traite, tout en la gardant sous sa direction. I1 laissait la paix aux coureurs et multipliait congés et licences.

 

Le 28 janvier 1674, Frontenac invite sentiment Perrot à Québec et l'emprisonne sans plus de cérémonie. Mieux encore, Frontenac remplace Perrot par son gouverneur fantoche, le Sieur de La Nauguère, auquel il ordonne d'arrêter le Sieur de Brucy. La même année, Frontenac écrivait à Colbert :

"... cependant j'ai fait poursuivre à outrance les coureurs des bois qui, par l'emprisonnement que j'ai fait faire aussi du Sieur de Brucy, principal correspondant de M. Perrot, se trouvant dénués de toute protection, s'étaient enfuis jusqu'à deux cents lieues au‑dessus de Montréal. Cela n'a pas empêché que je ne les ai fait poursuivre; et après avoir saisi celui qui avait été l'auteur du premier désordre arrivé à Montréal chez le sieur Carion, et l'avoir fait pendre par Arrêt du Conseil, tous les autres ont été tellement intimidés de cet exemple, qu'ils ont cru n'avoir plus d'autre parti à prendre que celui de changer de vie et de venir se rendre à ma discrétion ..." (Faillon, op.cit., page 487.)

Frontenac et le Conseil Souverain qu'il contrôlait si bien, firent probablement bon usage de l'établissement de Brucy à l'Île Perrot.

"… during Brucy's imprisonment in 1674, two men were appointed by the Conseil Souverain to take charge of Brucy's goods and collect the money owing to him, when Chailly refused to be responsible for the perishable portion of them. One of these men was René Cuillerier, and Françoise was his daughter. René was a prominent merchant of Montreal (Lachine plus précisément).... and it is just possible that he may have had some interest in Île Perrot beyond his guardianship of Brucy's affairs. In any case, it is interesting to find that his son in law bought the seigneury as soon as an opportunity occurred ..." (Wardleworth, E. S., François Marie Perrot And The Île Perrot, thèse de maîtrise écrite à l'Université McGill, 1936, page 266.).

I1 est probable que Brucy et ses hommes avaient défriché et cultivé la terre sur l'Île Perrot puisqu'en 1674 ils demandaient qu'on les libère, pour qu'ils puissent aller moissonner.

La Pointe du Moulin en 1970. Unique cheminée de la maison, vue de l’arrière de la maison, côté ' nord '.

Le 22 octobre 1674, Frontenac renvoie Perrot à Louis XIV. Après un bref séjour à la Bastille (trois semaines), hôte du Roi Soleil, Perrot obtient la restitution de son poste grâce à une nouvelle intercession de l'oncle Jean. Entre temps, peu de choses semblent avoir changé. Malgré les lois, le Bout‑de‑l'Île et l'Île Perrot demeurent un théâtre tumultueux de la traite.

Au printemps 1675, Perrot est de retour à Montréal et tout rentre dans l'ordre (ou le désordre). L'année 1674 n'était pas même terminée quand Brucy était de retour à son commerce sur l'Île Perrot; (en 1676, nous l'avons mentionné, il y devenait concessionnaire du fief qui porte son nom).

Un peu plus tard le greffe de Basset nous apprend que les deux locataires fermiers de l'Île Perrot sont en bonne santé mais semblent plutôt anxieux de quitter l'île :

"... Jean de Lalonde dit L'Espérance et Robert Henry, fermiers à l'Île Perrot, sont tenus de poursuivre leur bail, jusqu'à la fin de mars prochain, pour avoir laissé mourir une vache, propriété du sieur François Marie Perrot, seigneur de la dite île ..," (Greffe de Bénigne Basset, 14 janvier 1676, Montréal. ). Deux mois après, Perrot s'est trouvé un nouveau couple de locataires pour sa seigneurie:

"... Bail à fer me par François Marie Perrot de Montréal à Honoré d'Asny et Perrine Lapierre ..." (Greffe de Bénigne Basset, acte no.1269, 15 mars 1676, Montréal.).

Perrot accorde une terre à D'Asny et la durée du bail est de six ans. Quelques semaines avant de vendre sa seigneurie, Perrot concédait une île appelée "Petit Guay" à François Lenoir dit Rolland, de Lachine.

Girouard nous donne une idée assez fantastique peut‑être exagérée) du chiffre d'affaire de Perrot et son île:

"... In 1681,Perrot, formerly governor of Montreal, did a trade of 50,000 livres a year at Isle Perrot, opposite Bout de l'Isle, in spite of his previous contentions with the Governor General ..." (Girouard, Honoré Désiré, Lake St‑Louis, Montréal, 1893, page 395.) .

"... Acte de concession du Sieur Perrot, seigneur de l'Île Perrot, en faveur du Sieur La Fresnaye de Brucy d'un arrière‑fief consistant en dix arpents de front sur trente arpents de profondeur tirant au sud‑ouest à prendre et commencer depuis la Pointe du Désert, ensemble les deux Iles aux Pins et de Sainte‑Gilles, avec justice moyenne et basse .o." (greffe d'Antoine Adhémar, 1er janvier 1676, Montréal. ).

2. Les LeMoyne et l’Île Perrot (1684‑1703).

En 1684. Perrot est nommé gouverneur de l'Acadie. Sa relation personnelle avec la seigneurie de l'Île Perrot se termine avec son mandat; (quoique ses activités en Acadie demeureront sensiblement les mêmes qu'à Montréal).

".., Acte de vente de François Marie Perrot, gouverneur de Montréal, et de dame Marie La Guide, son épouse, à Charles LeMoyne, Sieur de Châteauguay et de Longueil de la terre, fief et seigneurie de l'Île Perrot avec les terres adjacentes, comprises les Iles de la Paix, Iles aux Pins, Iles Sainte‑Geneviève, etc. ..." (Greffe de Bénigne Basset, 2 mars 1684, Montréal).

Le prix de la vente se chiffrait à 1,200 livres.

D'abord et avant tout interprète et militaire illustre, LeMoyne avait été un des plus fiers compétiteurs de Perrot. I1 était installé juste de l'autre côté du fleuve, sur la rive sud. Il travaillait en coopération avec Jacques Leber, son beau‑frère, dont le fief se trouvait à l'extrémité ouest de l'Ile de Montréal. Tous deux jouissait de l'appui du gouverneur Frontenac. En 1684, LeMoyne n'était que trop heureux d'acquérir la seigneurie de l'Île Perrot à un prix si modique. Lui et son co-partenaire pouvaient ainsi sceller un quasi‑monopole de la traite à la tête de l'archipel de Montréal. On comprend alors pourquoi Lemoyne et LeBer figurent parmi les plus riches individus de la Nouvelle‑France.

Au moment de la vente de la seigneurie, le poste de Brucy était passablement bien établi. L'inventaire des biens du Sieur Brucy, (Greffe de Bénigne Basset, 15 décembre 1684, Montréal), nous en donne tous les détails. D'abord Brucy avait appelé son fief La Fresnaye. Le fief ne prit le nom de Brucy qu'après la mort d'Antoine en novembre 1684. Son magasin comprenait tout le nécessaire de la traite, depuis la quincaillerie jusqu'à la mousseline. A la mort de son mari, la veuve Brucy, Hélène Picotté de Bellestre, épousa en 1686 Jean Baptiste Céloron de Blainville, (marchand lui‑même sur le Bout de l'Ile de Montréal, au fief Blainville). Il importe de ne pas confondre le nom de Blainville avec celui de François LeMoyne Sieur de Bienville, fils de Charles LeMoyne, sieur de Longueil et de Châteauguay.

"... There is no evidence as to what use LeMoyne made of the Isle‑ Perrot, during his possession of the island, but from time to time it was the scene of military camps, at this period. In 1687 when Denonville was setting out on his expedition against the Senecas, part of his troops camped at the Île Perrot and part at Châteauguay ... As a shield and a gateway to Montreal, Île Perrot evidently attracted much attention ...." (Wardleworth, op.cit., page 259)

La Pointe du Moulin en 1970. Vue en contre-plongée.

C'est de cette façon que mademoiselle Wardleworth (aujourd'hui madame Earle) perpétue la gloire militaire de l'immaculé LeMoyne.

A la mort de Charles LeMoyne, on a fait l’inventaire de ses biens; (Greffe de Bénigne Basset, acte no.1617, 27 mars 1685, Montréal). L'Île Perrot y est appelée Fief Maricourt, du nom de Paul LeMoyne, sieur de Maricourt, fils de Charles. On dit de la seigneurie de l'Île Perrot:"... Île Perrot avec ses appartenances et dépendances ....". Or, 

"… Selon les ordonnances des Intendants, chaque seigneur concessionnaire devait, dans un délai limité, faire certains défrichements sur son fief, y favoriser l'établissement des colons et construire un moulin banal pour y moudre le grain des censitaires. Ce moulin devait être en forme de tour avec des meurtrières pour faire feu de là sur les ennemis …" (LeMoyne, Thomas Napoléon, L'Île Perrot et ses environs. articles parus dans le journal L'Opinion Publique, à Beauharnois, le 22 juin 1882.).

Vraisemblablement, les LeMoyne (Charles lui‑même ou ses héritiers) avaient fait construire un moulin sur l'Île Perrot à la Pointe Du Moulin, pour accommoder les colons qui pouvaient y habiter, ou tout simplement pour se plier aux devoirs seigneuriaux. Pour vérifier l'hypothèse de l'existence d'établissements et de colons sur l'Île Perrot à cette date, il faudrait retrouver des actes de concession faites par les Lemoyne sur leur seigneurie de l'Île Perrot. Ces actes se trouveraient dans les greffes des notaires qui auraient pratiqué dans les régions de Longueil et de Châteauguay. I1 put fort bien avoir des établissements permanents sur l'Île Perrot puisqu'en 1693, un peloton de soldats et d'Indiens sous M. De Callières, se rendait à l'Île Perrot "pour soustenir les récoltes contre les invasions ennemies" (La Collection de Manuscrit, vol.2 page 150.).

"… Si tous les officiers des troupes à qui M. Talon concéda des fiefs ne donnèrent pas lieu à l'établissement d'autant de paroisses, c'est qu'il eut fallu faire de grandes avances dont il n'était pas capables la plupart. Plusieurs des bourgades que nous venons de nommer languirent même longtemps: les militaires qui les avaient établies n'ayant apporté en Canada que leur épée et leur bravoure, et ne trouvant de ressources que dans leur amour pour leur travail, jointe à leur bonne conduite et dans les libéralités du roi …" (Faillon, op.cit., page 352)

La Pointe du Moulin en 1970. Partie supérieure de la porte originale du moulin. Cette porte est conservée par M. Lucien Thériault, conservateur du musée de Vaudreuil et co-propriétaire de la Pointe Du Moulin.

La Pointe du Moulin en 1970. Partie inférieure de la porte

Pour expliquer le retard de la colonisation de l'Île Perrot, ces observations de Faillon ne peuvent évidemment pas s'appliquer ni à Perrot ni à LeMoyne. Il faut chercher les causes ailleurs; dans le massacre de Lachine de 1689 par exemple.

"… There is no doubt that the position of Île Perrot, like that of Chateauguay and St‑Anns, interfered very largely with its settlement. Impossible to dream of colonization in those remote places during the Iroquois war, and in fact they never were free from attacks from these savages till after the American revolutionary war 1775‑1783 „." (Girouard, op.cit., page 441.).

L'insularité et l'isolement de la seigneurie de l'Île Perrot, les activités particulières des premiers seigneurs, et la maigre population de la Nouvelle‑France, sont les explications qui nous viennent d'abord à l'esprit. Si la traite sur l'Île Perrot empêchait ou retardait la culture de ses terres (ce qui est encore loin d'être prouvé), il n'en reste pas moins que le commerce des fourrures y portait profit à tous les partis en causes les seigneur d'abord, les coureurs des bois et les intermédiaires (quoique les bénéfices de ces derniers n'étaient pas comparables à ceux des seigneurs), la France, ou retournaient invariablement les profits, et enfin la Nouvelle‑France, qui se développe tant bien que mal avec la traite. De‑tous les individus engagés dams la traite, le seul dont le revenu était exagérément disproportionné à la fonction,était l'Indien. I1 était la pierre d'angle de toute l'organisation et demeurait le plus grand exploité.

Les seigneurs de l'Île Perrot, ainsi que leurs homologues à travers la Nouvelle‑France, appartenaient à une classe capable d'un grand développement.

".... Nous pouvons donc conclure que l'administration militaire, civile et judiciaire de la colonie était dominée par quelques familles seulement. Elles n'appartenaient pas à une aristocratie militaire, mais formait une élite seigneuriale‑militaire-commerciale‑administrative. Le prestige de ce groupe d'administrateurs provenait de sa situation dans l'armée, les postes de commandement, le commerce et le système seigneurial. I1 provenait aussi de sa situation matrimoniale e politique. Si nous les comparons à l'habitant moyen, nous pouvons dire qu'ils constituaient une plutocratie …

... La mobilité sociale existait à un degré frappant. I1 ne s'agissait pas cependant d'une mobilité verticale ou ceux de condition modeste pouvaient monter de rang. I1 s'agissait plutôt d'une mobilité horizontale qui tendait à effacer les démarcations de classe entre les gens impliqués dans les fonctions purement économiques qui formaient généralement la classe appelée bourgeoisie, et ceux qui appartenaient à la noblesse ou à l'aristocratie, habituellement donnée comme la partie essentielle de l'Ancien Régime ..." (Nish, Cameron, Les Bourgeois Gentilhommes de la Nouvelle France 2729‑1748, Fides, Montréal 1968, page 156 et 170.).

3. Les Desruisseaux et l'Île Perrot (1703‑1753).

Le greffe d'Antoine Adhémar est confus au sujet de la vente de la seigneurie à Desruisseaux. Le répertoire porte en date du 27 avril 1703 (acte no.6427)"Vente de la seigneurie de l'Île Perrot par LeMoyne Sieur de Maricourt à Joseph Trottier Desruisseaux"; et cet acte manque aux archives de Montréal. Plus loin, dans le même répertoire, l'acte en date du 2 septembre 1703 (no.6532) est intitulé "Vente de la seigneurie de l'Île Perrot par LeMoyne Sieur de Maricourt à Pierre Trottier"; et le texte de l'acte no.6532 porte véritablement la date du 27 avril 1703. I1 apparaît clairement dans ce dernier acte que la seigneurie de l'Île Perrot est vendue à Joseph Trottier Sieur Desruisseaux. Les vendeurs sont les héritiers de feu Charles LeMoyne de Longueil et de Châteauguay et de Catherine Primot, leur père et mère. Le responsable de la vente"Paul LeMoyne de Maricourt, capitaine dans les troupes, faisant tant pour lui que pour Pierre Lemoyne d'Iberville, capitaine de vaisseau, et Joseph LeMoyne de Serigny, lieutenant de vaisseau, Jean Baptiste Lemoyne, lieutenant du Roi au Mississipi, et Antoine Lemoyne, garde marine, ses frères ... Desruisseaux achète la seigneurie au prix de 3,500 livres. La vente n'inclut pas les Iles de la Paix, qui seront vendues avec la seigneurie de Châteauguay en 1706 par les héritiers de Charles LeMoyne.

La vocation commerciale de l'Île Perrot ne finit pas avec la vente à Desruisseaux. Desruisseaux est lui‑même "voyageur chez les Outaouais". ("Voyageur" veut tout simplement dire coureur des bois plus sophistiqué.). I1 gère une véritable flotte de voyageurs e t une petite armée de coureurs des bois. Nous savons ceci par le nombre de quittances et de reconnaissances de dettes entre Desruisseaux et les individus avec lesquels il commerçait. Par exemple le greffe d'Antoine Adhémar au 1er octobre 1704 inscrit que "François Ardouin, marchand de Montréal demeurant rue Saint‑Paul, reconnaît devoir à Joseph Trottier Desruisseaux, la somme de 557 livres et trente sols, pour des pelleteries qu'il lui a vendues ..."

"… Joseph Trottier, sieur Desruisseaux, fils d'Antoine Trottier et de Catherine Lefebvre, de Bastican, avait épousé à l'église Notre‑Dame‑De-Montréal, le 18 février 1700, Françoise Cuillerier, fille de René Cuillerier (marchand de Lachine) et de Marie Lucos (Lucault) ..." (Greffe d'Antoine Adhémar, le 18 février 1800, Montréal.) .

Vers 1700, les offensives de Frontenac avaient plus ou moins eu raison de l'Iroquoisie. Les ténèbres de la menace indienne se dissipaient et quelques années plus tard le soleil de la colonisation se levait sur l'Île Perrot. L'Aveu et dénombrement de Joseph Trottier Desruisseaux pour le Fief et seigneurie de l'Île Perrot en date du 4 juillet 1705 (Greffe de Raimbeault, Montréal), explicite en termes non équivoques le développement de l'Île Perrot. Dans cet acte, Desruisseaux déclare avoir fait construire une maison de pierre à chaux et à sable et avoir concédé onze "habitations" (terrains ?) de soixante arpents de terre chacune. La même année 1705, Desruisseaux reçoit Foi et Hommage du sieur de Blainville pour le fief de Brucy.

La Pointe du Moulin en 1970. Porte du moulin en 1970.

Le 29 septembre 1708, (Greffe de Lepailleur, Montréal),

"Léonard Paillard, maître charpentier reconnaît avoir reçu la Somme de 410 livres pour les ouvrages de charpente et autres qu'il a fait au moulin de l'Île Perrot, propriété du Sieur Desruisseaux".

Le rapport de Gédéon de Catalogne (1713‑1714) au su je t de l'Île Perrot (1er et deuxième volume de la collection de Moreau de St‑Méry) émet des observations curieuses. Après une description topographique de la seigneurie, de Catalogne mentionne "qu'il n&y a que le Domaine du seigneur d'établi"; il laisse le lecteur sous‑entendre qu'il n'y a personne d'autre d'établi sur 1'î1e. Désiré Girouard nous explique que cette remarque peut être interprétée différemment

"... I think De Catalogne means that there was no church or "presbytère"..." (Girouard, op.cit., page 443.).

L'une et l'autre interprétation sont possibles; mais le problème demeure entier. Les onze concessions dont il est question dans L'Aveu et dénombrement de Desruisseaux pour 1705 avaient‑elles été effectivement établies ou non? Sauf le cas du seigneur Desruisseaux et sa famille (à partir de 1705) la population de l'Île Perrot t pouvait être flottante au moment ou de Catalogne rédige son rapport.

Desruisseaux serait mort en 1714, Pierre Georges Roy, dans son inventaire (partiel) des greffes de notaires sous le régime français, nous réfère au greffe de Jacques David à l'acte daté le 11 août 1720:

" ... Déclaration de Jean Baudreau dit Graveline, habitant de l'Ile de Montréal ci‑devant voyageur, au sujet du sieur Desruisseaux qui fut tué avec le Sieur Brisebois son engagé à la rivière aux Serpents au pays des Sioux..."

Malheureusement l'archiviste de Montréal me répond que l'acte n'existe pas:

En 1716, Dame Françoise Cuillerier, (veuve Desruisseaux), concède un fief sur son île au sieur Alexis Trottier son beau‑frère

" .... The concession names the men between whose concessions Trottier's grant was to lie, so that evidently these were the grantees, who had not yet taken up their land in 1712 ..." (affirmation gratuite).(Wardleworth, op. cit. page 266.).

Durant l'année 1718 (3 janvier à l'église Notre‑Dame‑De‑Montréal) Dame Françoise Cuillerier se serait remariée à Jean Quenet, marchand de Montréal, Le nom du deuxième mari de Françoise est souvent écrit de façons différentes : Quenest, Quinier, Quiner, Guenet, Guénet, …

Jusqu'à ce qu'elle ait église et curé (et ce ne sera pas avant 1787) la population de l'Île Perrot sera religieusement servie par des missionnaires itinérants.

"... A l'origine, l'Île Perrot entrait dans les limites de deux paroisses avoisinantes, partie est annexée à la Pointe Claire,, partie ouest à Sainte‑Anne du Bout de l'Ile ou de Bellevue. Cette délimitation s'était opérée en vertu d'un règlement collectif fait par messieurs de Vaudreuil et Bégon et Monsieur l'évêque de Québec, pour le gouvernement de Montréal. Il date du 20 septembre 1721 ..." (Carrière, Histoire de l'Île Perrot, 1949, page 56.)

Le 1er août 1724, l'acte de Foi et Hommage de Dame Françoise est stylé de la façon suivante :

"… Acte de Foi et Hommage de Françoise Cuillerier, épouse de Jean Quenet, marchand à Montréal, auparavant veuve de Joseph Trottier Sieur Desruisseaux, propriétaire du fief de l' Île Perrot, la dite comparante propriétaire pour moitié dans ledit fief, faisant aussi comme tutrice des enfants de feu sieur Desruisseaux et d'elle, pour Joseph Athanase Trottier, son fils aîné, propriétaire pour un quart dans ledit fief, faisant aussi comme tutrice pour Marie‑Anne et Marie-Françoise Trottier Desruisseaux, propriétaires chacune pour moitié dans l'autre quart dudit fief ..." (Fois et Hommages, régime français, cahier 2, folio 107. ).

L'Aveu et dénombrement de Françoise pour sa seigneurie est enregistré le lendemain, 2 août 1724, :

".., there was a settled estate at the end of the island on the north east side containing 10 arpents of frontage by the whole breadth of the island which is about 40 arpents at this spot. On this domaine there was a stone house 45 feet long by 26 feet wide, a barn and a stable joined together (de pierre) 75 feet long by 30 wide, and a stone mill for making flour. There were 140 arpents of arable land and 30 arpents of meadow at this spot while about a league away was an old estate which was established by the late sieur Perrot on which there is no building but 30 arpents of arable land, which the seigneuress was using to the best advantage. More accurately it must have been the clearing made by Brucy...

... There were about 20 holdings on the south shore of the island. The concessions were of various sizes, ranging by three arpents by the same depth through 6, 3 x 20, and 4 x 20 to 8 x 20 arpents. In each case the name of the settler is given, the amount that each was expected to pay, the buildings on the grant and the amount of arable land. In almost every case, these habitants are reported as having a house, a barn and a stable though there were three who had only a house and three who had no buildings at all ‑perhaps these six had not held their concessions so long as those habitants who were better equipped. The amount of cultivated land in these concessions ranged from 15 to 60 arpents in the more advanced grants, and from 6 to 15 in the more backwards ones. The rents differed in the various grants in some cases being a fixed number of capons and a few sols, in some a minot and a half or more of grain and a few sols. The heaviest rent required from the most prosperous habitants was three livres in money and three minots in grain...

... On the same shore was an arrière‑fief granted to sieur Raimbeault," attorney of the king of the royal jurisdiction of Montreal", on condition of Foy et hommage only. At the time no clearing had been made or buildings erected. Past this concession there were about two leagues of ungranted 1and.

There were about 12 holdings on the north side of the island, 3 arpents by a depth of 3 being the commonest size, as on the south shore. About 7 of these habitants on the north had houses barns and stables, but a much larger percentage than on the south shore had no buildings at all. Sixty arpents was the largest amount of land under cultivation on the north shore and twenty the smallest among the prosperous settlers, and the more backwards ones had between 7 and 10 arpents of arable land. Besides these concessions and the "Old Estate" there were about two leagues of unconceded lands on the north shore as on the south..."

"...The ÎleSte‑Geneviève had been conceded at this date; (à René Descary) but beyond 15 arpents of cleared land there was nothing except heavy timber on the island. The ten smaller islands nearby were as heavily wooded, but had not been granted.

Another island called Valiquette was the concession of a man by that name, who had a house, barn, stable and 30 cultivated arpents on this island. A group of three unconceded wooded islands is listed next to an island conceded to Jean Quenet, presumably Dame Françoise's husband, 20 arpents in extent, entirely cleared but without buildings. Two similar cleared islands but without any buildings were held, one by Paul Guillet, and the other by Jean‑Baptiste Cuillerier, the latter conceivably dame Françoise's brother of that name. Two groups of small islands separated only by little channels were, at that date, unconceded, the islands Saint‑Gilles and l'Ile Ronde and the other l'ilsle des Cascades, (concédée â. Joseph Montreuil.) had granted, but on neither of them had buildings been erected though one of them had been partially cleared..." (Aveux et dénombrements, régime français, cahier 1, folio 173, 2 août 1724.)

Au sujet de "l'ancien domaine"("old estate") mentionné dans l'aveu, à environ une lieue du domaine seigneurial, plusieurs hypothèses peuvent être émises; il peut en effet être un champs jadis mis sous culture par Brucy, ou le "désert" mentionné dans l'inventaire des biens du Sieur de Brucy (Greffe de Basset, 15 décembre, 1684, Montréal.). Par contre le champs de Brucy est éloigné de beaucoup plus qu'une lieue du domaine de Françoise. A une lieue du domaine seigneurial, l'ancien domaine (en 1724) peut encore être le défrichage accomplis par Jean de Lalonde dit L'Espérance et Robert Henry, (Greffe de Basset, 13 juillet 1674) ou celui de Honoré d'Asney (Greffe de Basset 15 mars 1676). Il peut aussi s'agir de ce qui s'appelle aujourd'hui la Pointe Du Domaine à proximité des files Ste‑Geneviève.

D'ailleurs l'aveu pose une difficulté sérieuse puisqu'il situe le domaine seigneurial de Françoise au "Nord‑est" de file, alors que la Pointe Du Moulin se trouve bel et bien au sud‑est de l' Île Perrot.

Entre 1705 et 1725, la veuve Bellestre de Brucy et son mari Jean‑Baptiste Céloron de Blainville vendent le fief Brucy à Jacques Charbonnier. En 1725, le même fief est vendu à Jacques Julien, dit Dragon.

Dame Françoise, il n'y a pas de doute, était elle‑même mêlée au commerce des fourrures; la traite étant toujours l'activité la plus profitable en Nouvelle‑France. Le 7 février 1732, elle reconnaît devoir au Sieur Joseph Athanase Desruisseaux, "négociant et voyageur, la somme de 3,450 livres, 15 sols et 6 deniers de France. (Greffe de Rainbeault, no 7979),(cet acte manque aux archives de Montréal.)

"... la course des bois, institutionnalisée en 1665, occasionne un tel accroissement de la fourrure, que le marché européen s'en trouve bientôt saturé … A compter de 1706, et ce, jusqu'à la fin du régime français, on revient au système des fermiers royaux métropolitains, mais en tâchant cette fois d'éviter l'engorgement du marché par la limitation de congés ‑‑ théoriquement au nombre de 25 et obligatoires pour traiter ‑‑ que le gouverneur vend annuellement au prix de 1,000 livres chacun..." (Lahaise, Robert... op. cit. p.22)

"... Si les revenus de la traite semblent assez impressionnants,‑ quelque 300,000 à 400,000 livres annuellement au XVIIIème siècle, pour atteindre 4,000,000 livre s durant les dernières années du régime français ‑ il n'en faut toutefois pas surestimer l'importance, étant donné que près de trois quarts de ces revenus passent des métropolitains, perpétuant ainsi ce mythe artificiel d'une colonies En 1730, la Nouvelle‑France exporte pour 1,39$,327 livres, alors qu'elle importe pour 1,419,415 livres. En cette même année, la Nouvelle‑Angleterre exportait pour 1, 367,525 livres tandis qu'elle importait pour 5,204,525 livres. En 1742, la Nouvelle‑France a des exportations totalisant 2,091,907 livres et des importations de 2,157,553 livres alors que la Nouvelle‑York exporte pour 338,400 livres et importait pour 4,189,775 livres. Moyennes qui généralement se maintiennent..." (Nish, Cameron, Les Bourgeois Gentilshommes d e la Nouvelle‑France, p. 38).

"... a number of the inhabitants of Île Perrot were evidently in the habit of going on these trading expeditions to Detroit and other western posts. Within a month, in 1743, for instance, about nine men from Île Perrot went with various expeditions. These permits were issued to the man who organized the expedition and forbade him to trade anywhere except at the place mentioned in the permit, or to follow any route except the one set down. Moreover‑ the number of men was set down, their names and their place of residence ..." (Wardleworth, op. cit., page 273.).

Le Greffe de Raimbeault (acte no.799, 11 février 1732), nous apprend que Dame Françoise Cuillerier, veuve Desruisseaux et seigneuresse de l'Île Perrot oblige Marin Hurtubise à marier sa fille Marie‑Anne Desruisseaux dont il avait "abusé". Il est aussi question dune amende. Tout cela en vue de réparer l'honneur de Marie-Anne. Le deuxième mari de Françoise, Jean Quenet, était veuf d'Etiennette Hurtubise. I1 peut exister un lien de parenté entre Quenet et ce Marin Hurtubise. Hurtubise lui aussi, pour la cause de la traite, engageait un grand nombre d'individus; (les contrats à cet effet se succèdent dans la deuxième partie du premier répertoire d'actes du greffe de Jean Baptiste Adhémar).

Le 26 mars 1735, (Greffe de F. Lepailleur) Dame Françoise engage Jacques Boyé comme homme de charge sur le domaine seigneurial de l' Île Perrot.

Devant le notaire royal Danré de Blanzy (3 mai 1743), Françoise allouait un terrain sur la Pointe Du Moulin"pour lesdits terrains servir de place au presbytère, église et cimetière et autres choses pour l'utilité et commodité de la dite église..." La seule condition que posait Françoise était formulée comme suit :

".,, sans aucune chose en excepter, réserver ni retenir par la dite dame que la place d'un banc dans ladite église à l'endroit où doit être placé le banc seigneurial qui sera de la longueur fixée par les arrêts et règlements à ce sujet et les autres droits honorifiques accoutumés et dus aux seigneurs …"

La même journée, Françoise accordait un supplément de terrain pour la cause de l'église. Le curé Carrière nous parle en ces termes de la chapelle de la Pointe Du Moulin :

"... une chapelle qui devait ressembler à. celle de Tadoussac. Elle devait avoir douze pieds de façade par vingt pieds de long, d'une hauteur de vingt‑cinq pieds surmontée d'un modeste clocher. Les murs devaient être blanchis à chaux et la couverture était en bardeaux faits à la main ..," Qu'il soit entendu que ces observations de Carrière ne sont que des suppositions. Il existe aujourd'hui une petite chapelle sise près de l'église Sainte‑Jeanne, qui représente celle qu'on avait commencé à construire sur la Pointe du Moulin en 1743.

Un article dans le Petit Journal en date du 17 mai 1953 annonce la découverte de la plaque qui avait enregistré la construction de la chapelle sur la Pointe Du Moulin. Au sujet des églises de l'Île Perrot, Carrière nous dit:

"... En 1740 (?), il est vrai, on construisit sur 1'î1e une église et un presbytère (?), mais ce ne fut qu'en 1786 que commencèrent la desserte régulière de la paroisse (par voie de mission) et la tenue des registres curiales. A ce retard il y eu t plusieurs causes: d'abord la première église était à peine achevée qu'on fut obligé d'en reconstruire une autre dans un endroit plus central; puis les fréquents enrôlements de la milice retardèrent indéfiniment la seconde construction, et enfin la conquête avait supprimé les Jésuites et les Récollets. Quelques jeunes Canadiens seulement, le pays était sans évêque, purent passer en France pour y recevoir les ordres. L'ancienne mère‑patrie offrit bien ses missionnaires, mais pendant trente ans, le gouvernement britannique rejeta ces offres et même la mémoire de tous les catholiques de la province, en 1783. Ce ne fut que lors de la révolution française qu'il se décida à laisser venir les prêtres munis d'un passeport du roi..." (Carrière, op.cit., page 56.).

Le 29 novembre 1745 (Greffe de Jean‑Baptiste Adhémar) "Dame Françoise Cuillerier, seigneuresse de l'Île Perrot, donne et cède à Jean Baptiste Leduc son gendre, tous les droits de sa seigneurie en attendant que son fils soft descendu des Illinois, 23 novembre 1745". En effet Desruisseaux fils avait engagé plusieurs individus pour faire le voyage de traite aux Grands‑Lacs. D'autre part"Jean Baptiste Leduc, fils de Pierre Leduc et de Catherine Fortin de l'Île Perrot, avait marier Marie Françoise Desruisseaux, (fille cadette) fille de feu Joseph Trottier Desruisseaux et de Françoise Cuillerier, seigneur et seigneuresse de l'Île Perrot"; (11 février 1740).

Le 5 mai 1747, Françoise Cuillerier, veuve Desruisseaux, reçoit Foi et Hommage de Charles Lepailleur de Voisy, pour son arrière‑fief de Brucy. I1 l'avait acquis de Jacques Julien dit Dragon par contrat devant les notaires Lepailleur et Adhémar le 22 mars 1747; (Greffe de Lepailleur et Adhémar, 5 mai 1747). Dame Françoise reçut Lepailleur (pour son acte de Foi et Hommage) alors qu'elle était de passage à Montréal. Pendant ce temps elle demeurait chez sa fille Marie-Anne et son gendre sieur Marin Hurtubise ("l'abusif" de 1732) qui eux vivaient à Montréal.

4. Jean Baptiste Leduc et la seigneurie de l'Île Perrot (1753‑1785).

Dame Françoise Cuillerier est décédée en 1752 et la seigneurie de Île Perrot semble être allée à la plus jeune de ses filles, (Marie) Françoise Desruisseaux. Jean‑Baptiste Leduc, le mari de cette dernière, devient donc seigneur de l'Île Perrot. Soit dit en passant, Leduc ne savait probablement pas écrire puisqu'il signait par une croix.

Ceux qui nous ont laissé des commentaires sur l'Île Perrot nous décrivent Leduc comme étant "très actif". I1 fit tout en son possible pour obtenir un ministère religieux sur l'Île Perrot. Une pétition n'attendait pas l'autre.

Sur demande de l'évêque, Mgr Pontbriand, devant le notaire Royal Danré de Blanzy (acte no 5186 du 9 janvier 1753) le nouveau Seigneur Leduc alloue un autre emplacement pour l'église. Il s'agit de l'endroit où l'église Ste‑Jeanne sied aujourd'hui, endroit que l'évêque jugeait mieux approprié que la pointe du Moulin.

La première chapelle construite sur la Pointe du Moulin n'a donc possiblement jamais servi; il n'est pas même prouvé que la construction en fut achevée.

Au moment de la conquête, le triangle Vaudreuil‑Soulanges et Île Perrot formaient la pointe finale des établissements permanents et colonisés de la Nouvelle‑France.

Plusieurs indications nous laissent croire que les nouveaux seigneurs de l'Ile suivaient les traces de leurs prédécesseurs en matière de traite. Par exemple, dans le Greffe de Louis‑Joseph Soupras (acte no 955, 13 avril 1770), Jean‑Baptiste Leduc, fils est décrit "bourgeois voyageur" demeurant officiellement chez son père (Jean-Baptiste Leduc également) le seigneur de l'île Perrot. Dans cet acte, Leduc fils rend compte d'obligations sur des marchandises qu'il a achetées pour fin de traite.

A l'automne 1774, Françoise Desruisseaux‑Leduc est mourante. Devant Soupras, elle confie toutes les affaires de la seigneurie ("retirer les cens et rentes... ") à son beau‑frère Antoine Leduc. Le seigneur Leduc est absent, étant parti dans les "pays d'en haut". Jean‑Baptiste Leduc fils est lui aussi absent (Greffe de Soupras, no 1418, 5 septembre 1774. Montréal).

Un acte de ce même Soupras nous apprend que deux mois plus tard, Dame Françoise Desruisseaux Leduc est décédée et a tout laissé à son mari. (Greffe de Soupras, no 1466 12 nov. 1774, Mtl.);

La période durant laquelle Leduc fut seigneur était riche en bouleversements; guerre de la conquête, guerre d'indépendance américaine

"… the men of the island were called to the defense of the colony with all other available fighters. In 1759, wren the English were attacking the French by way of the rapids above Lake Saint‑Louis, all the French fighting men were ordered to gather there, and the men from Les Cèdres, Châteauguay, Île Perrot and Pointe Claire were among those who assembled for the defense.

Amherst and his army camped on the island, when they were on their way to attack Montreal, as one of the units in the triple attack planned against the Colony in 1760, from there going to Lachine next day where they were unopposed, and so on against Montreal. La Corne, the French chief, had been watching the rapids with a considerable body of Canadians, but for some reason he had not prevented the English from descending.

In the opinion of chevalier Antoine Gabriel Benoist, the reason for Amherst's successful passage of the Rapids was that he had been armed with strong artillery, and because the Rapids had not been well guarded. Benoist judged Île Perrot to be a vital spot in any invasion as the Cedar Rapids could only be negotiated by portaging, and the rapids du Buisson and des Cascades could not be passed at night, so that a strong force on the spot could seriously disconcert the enemy..." (Wardleworth, op.cit., page 277.).

Quoiqu'il en soit, les concessions accordées par Leduc sont assez nombreuses. Plusieurs sont enregistrées dans le greffe de Gabrion.

"...These concessions have slight differences .n them, but the form is very similar in them in every case. Some of the concessions made at this time state that the grant is covered with standing timber and is situated in the midst of unconceded property (?land), showing that a fair portion of the island was still unoccupied The usual grant was 3 arpents by 20 in size. Almost without exception the terms of such a concession "en pure roture" are the same. They required that the censitaire should take his grain to be ground at the seigneurial mill and not to any other, under penalty of having his grain confiscated and of an arbitrary fine. He was required to build on his concession and reside there within a year from the date of the grant, under penalty of his concession being nullified. He was to till his land and put it under cultivation and to maintain it in a good condition and at such a value that the seigneurial dues could be easily met. By the conditions of the grant, a grantee had to permit such roads to be cut through his property as the seigneur found necessary, which roads he was to maintain in good condition at all times, sharing the expense with his neighbours..." (Wardleworth, op. cit. p. 279).

Wardleworth accumule les détails au sujet des conditions des concessions. (cf. fiches section I, aux environs de 1780).

Le seigneur Leduc (père) accorde à son fils (Jean‑Baptiste Leduc fils étant absent, c'est sa femme Marie‑Charles, "Charlotte" Daoust" qui l'accepte à la place de son mari,,) une concession extraordinaire. Au terme du contrat, Leduc fils est quasi seigneur indépendant sur sa concession, (Greffe de Watier, 1er mai 1780, Mtl.).

Le 11 avril 1785, (Greffe de Gabrion, acte no 3902) Jean‑Baptiste Leduc (père), seigneur de l'île Perrot reçoit l'aveu et dénombrement de Joseph Valentin Moreau, propriétaire du fief Desruisseaux; (ailleurs Moreau est appelé propriétaire du fief St‑Alexis.) Le fief Desruisseaux est dit avoir une lieue de front sur 30 arpents de profondeur "situé sur la côte nord de la dite Île Perrot" et auquel, sont annexées les files Ste‑Geneviève et Île à la Biche. (Pointe du Domaine d'aujourd'hui ?).

Dans la greffe de Gabrion, acte no 4103, 15 nov. 1786, (transaction entre Moreau et Thomas Dennis), il apparaît clairement que le fief de Moreau est double et s'étend jusqu'au fief Brucy.

Le 23 juin 1785 …

"... Marie Josephte Leduc, épouse de Joseph Valentin Moraud, autorisée par son mari, renonce à la succession de feue sa mère, née Françoise Desruisseaux (fille de Françoise Cuillierier et Joseph Trottier Desruisseaux) épouse de Jean‑Baptiste Leduc. Laquelle succession est plus onéreuse que profitable. Mais se réserve les droits de douaire de sa mère, lequel est inscrit au contrat de mariage, sans que la présente renonciation soit préjudiciable à ses droits de propriété sur son fief situé en l'Île Perrot. (Greffe d'Antoine Foucher).

5. Des seigneurs à distances

Thomas Dennis (1785‑1801)

Le 7 février 1785, Edward William Gray, par procuration d'Isaac Walker, un des administrateurs des biens d'Isodore Lynch, ancien marchand de Londres, fait saisie des marchandises, mobiliers, terre et bâtisses de Jean‑Baptiste Leduc, dont la seigneurie de l'Île Perrot et autres files environnantes. Le domaine seigneurial de l'Île Perrot con tient environ 9 arpents de front sur le quel sont construits de pierre, une grange-étable, un moulin à vent, avec dépendances et appartenances. Le 11 juillet de la même année les biens de Jean‑Baptiste Leduc sont mis en vente par encan public. Le sieur Thomas Dennis étant le plus haut enchérisseur, les dits biens lui furent accordés pour la somme de 895 livres, payés comptant, avec droit de seigneurie.

Thomas Dennis (Anglais), est "député commissaire demeurant à Soulanges". Il semble peut probable qu'il ait pris demeure en sa seigneurie de l'Île Perrot. Pendant longtemps il loue le domaine seigneurial de l'Île Perrot à Charles Cytoleux dit Langevin, maître farinier. Le 12 septembre 1769, Dennis, (veuf de Catherine Clark, fils de Jean Dennis et d'Elizabeth Lanouet), avait épousé Marie‑Anne Jourdain dit Labrosse, veuve de Jean Baptiste Mongrain et fille de Paul Mongrain Labrosse et de Françoise Godet.

"... la bourgeoisie canadienne, irrémédiablement coupée de ses fournisseurs et de ses marchés naturels, ne pouvait concurrencer, quelqu'ait été sa force numérique la nouvelle bourgeoisie anglaise forte de ses contacts directs et préférentiels avec les fournisseurs et les marchés de la nouvelle métropole ..." (Valleran, Noel, Histoire des faits économiques de la vallée du Saint‑Laurent, 1760-1866, essai publié dans Economie québécoise, Cahiers de l'université de Québec, 1969, page 41. ).

Dennis ne concédera qu'une douzaine de terres, dont 10 dans la partie ouest de file; (Greffe de N. B. Doucet, 28 mars 1817).

C'est en 1787 que la paroisse Sainte‑Jeanne‑de‑l'Ile‑Perrot reçoit M. François Brunet, son premier curé résident.

Le 5 décembre 1792, Thomas Dennis, alité et malade, fait le partage de ses biens; (ce qui ne devra être exécuté qu'après sa mort) I1 donne et lègue à Thomas Dennis son fils majeur, la seigneurie de l'Île Perrot avec toutes ses dépendances (Greffe de Gabrion, acte no.4895, Montréal).

Le 19 mai 1794, Thomas Dennis, fils de Thomas Dennis et de Marie‑Anne Jourdain dit Labrosse, épouse Archange Campault. Les conjoints firent rédiger leur contrat par le notaire Jean‑Guillaume Delisle à Montréal. C'est dans le greffe de Gabrion (acte daté du 13 février 1798) que nous apprenons que Thomas Dennis fils a rendu l’âme.

Pierre Amable Dézéry (1799‑1817)

Le 7 juillet 1799, dame veuve Thomas Dennis, née Archange Campault, seigneuresse de l'Île Perrot, épouse en secondes noces, à l'église de l'Île Perrot, Pierre Amable Dézéry dit Latour, arpenteur juré, fils de Pierre Amable Dézéry et de Louise Hotesse.

Dézéry lui, résidait à Montréal plutôt qu'à l'Île Perrot. L'acte de Doucet (28 mars 1817) nous montre que Dézéry à son tour fit des concessions dans l'ouest de l'Île Perrot. Bouchette dit en 1815, que des 43 concessions existant sur 1'Î1e, un peu plus de la moitié étaient établies et assez bien.

Le testament de dame Archange Campault est enregistré dans le greffe de J. M. Mondelet (l'acte no.2432, 2 mai 1803). Elle laisse tout à son mari Pierre Amable Dézéry.

6. Le partage de l'î1e, 1817.

Le greffe de N. B. Doucet,(28 mars 1817) nous donne l'acte de partage du fief et seigneurie de l'Île Perrot entre Régis Maurice Mongrain, écuyer, seigneur et propriétaire de la juste moitié du fief et seigneurie de l'Île Perrot y résidant, et Pierre Amable Dézéry, tant en son nom comme usufruitier d'une moitié d'une moitié de la dite seigneurie que comme tuteur de sa fille mineure, Marie Angélique Dézéry, issue de son premier mariage avec Archange Campault, veuve en premières noces de Thomas Dennis.

Le texte du partage est reproduit in extenso sur les fiches de la section I, 1817. Nous mentionnerons ici le simple fait que la partie ouest de file allait aux Dézéry et que la partie est allait à Mongrain. Le principal domaine seigneurial et ses bâtiments demeuraient propriété commune.

7. Transactions ultérieures.

M. Jean Zéphirin Caron est curé de l'Île Perrot de 1825 à 1832. Ce n'est qu'en 1829 qu'il n'est question d'une école à file.‑"C'est durant son ministère qu'eut lieu l'érection canonique et civile officielle de la paroisse. L'affaire est réglée par une requête au gouvernement et à Mgr Panet par le seigneur primitif de l’Île.

MAPPE DE LA SEIGNEURIE DE L'ÎLE PERROT AU MOMENT DU PARTAGE. Cette mappe est annexée à l'acte de Doucet du 28 mars 1817. Le lecteur doit remarquer que certaines îles, qui faisaient partie de la seigneurie quand Talon la concéda à Perrot, n'y figurent pas. D'abord l'Ile Saint-Gilles, (aujourd'hui Girwood island), qui se trouve tout près du fief Senneville et qui fut annexée à ce dernier fief (en raison de sa proximité) vers 1705‑6. Les Iles De La Paix également n'apparaissent pas sur la mappe puisque comme nous l'avons vu, elles n'étaient pas inclues dans la vente de la seigneurie par LeMoyne à Desruisseaux en 1703. Les Iles De La Paix furent vendues avec la seigneurie de Châteauguay par les mêmes LeMoyne.

En 1830, Maurice Régis Mongrain avait divisé son domaine entre ses deux fils Thomas et Maurice. Le 8 juin 1830, le greffe de Bastien enregistre un acte d'échange entre Maurice Mongrain, seigneur primitif d'une partie de l'Île Perrot, et Thomas Mongrain son frère, par lequel ce dernier cède à Maurice Mongrain tous les droits successifs immobiliers qu'il avait ou peut prétendre dans les successions de Maurice Régis Mongrain et feue dame Elizabeth Gauthier Gamelin, ses père et mère; (acte n0.897.). Maurice, semble‑t‑il, conservait la maison alors que Thomas recevait du terrain.

Le 14 avril 1832, Maurice Mongrain échange des propriétés avec François Clément :

"... Maurice Mongrain vend au dit Clément tous les droits généralement quelconque qu'il pouvait ou avait droit de prétendre en sa qualité de fils aîné, tant en fief qu'en roture, dans la partie de l'Île Perrot qui appartenait à feu Régis Mongrain, son père, dont il était habile à. se porter héritier avec ses frères et soeurs au nombre de cinq ..." (Greffe de McKay, acte n0.375, 14 avril 1832, Montréal.).

Mais dans l'acte il est entendu que Thomas reste propriétaire du terrain du domaine seigneurial qu'il a obtenu en 1830; et Maurice se réserve toujours la maison seigneuriale. Clément était cultivateur à l'Île Perrot. Il se livrait régulièrement à. un commerce de touage de barques et bateaux depuis les Cascades jusqu'au village des Cèdres; (Greffe de McKay, acte no. 374, 'Le I3 avril 1832.).

En date du 20 octobre 1832, il y a un acte de Foi et Hommage de Hyacinthe Fabien Charlebois, notaire, fondé de procuration de dame Félix Leduc, veuve de François Clément, pour"un quart et seizième de la seigneurie de l'Île Perrot"; (Fois et Hommages, cahier 3, folio 426.).

En 1837 il semble que M. François Xavier Bellarmin Ricard, curé de l'Île Perrot, prit une part active dans les activités de l'insurrection; (Carrière nous raconte les événements à sa façon).

Bien avant la seconde moitié du 19ème siècle, le système seigneurial était devenu anachronique. Parfaitement incompatible avec les modes du capitalisme et de la montée de la grande entreprise, la perpétuation du système seigneurial donnait lieu à une spéculation monstre à la fois de la part des nouveaux occupants anglo-saxons, et de la part des seigneurs eux-mêmes, les propriétaires fonciers déjà en place. Ce n'est qu'en 1854 que l'élite professionnelle réformatrice du Bas‑Canada n'eut raison du régime seigneurial.

A partir de 1857, la Pointe Du Moulin change de main à un rythme plus rapide. Le 22 février 1857 (Greffe de Joseph Léonard, Beauharnois), Joseph Daoust, de l'Île Perrot, vend à. Cyrille Barbeau, meunier demeurant à. Oka, la moitié indivise d'un terrain de forme irrégulière, con tenant 1‑ arpent en superficie, situé à l'Île Perrot, avec une maison de pierre, une écurie, et un moulin à. farine mû par le vent; la somme entendue est de 46 livres.

Le 28 mars 2858 (Greffe de Casimir Papineau, Montréal), Barbeau revend la part qu'il a achetée, à Louis Hospice Toupin de Montréal, pour 45 Louis courants.

Le 3 août 1859, (Greffe d'Antoine O. Brousseau, Montréal), dame Marie Antoinette Laflamme, épouse d'Henry Sévère Beaudry vend à dame Marie Angélique Léa Laflamme, épouse de Louis Hospice Toupin, tous ses droits et prétentions qu'elle peut avoir dans un moulin à vent, une maison et une vieille écurie, à l'usage du meunier, le tout situé à. l'Île Perrot. La venderesse se défait de la succession de ses parents défunts Amable Laflamme et dame Marie Angélique Dézéry.

Les différents fiefs à l'intérieur de file, depuis 1817, avaient toujours été possédés conjointement par les "coseigneurs". Le 1er décembre, Norbert Dumas, écuyer commissaire, fait les cadastres des fiefs Brucy et Laframboise, possédés par Joseph Daoust. écuyer, et dames Toupin et Létourneux, héritières de feue dame Marie Angélique Dézéry, épouse de feu Amable Laflamme, écuyer. Le 24 janvier 1861, Dumas fait le cadastre de la partie de la seigneurie de l'Île Perrot (partie est) possédée par Joseph Daoust. Le cadastre pour la partie ouest de file, possédée en moitié par madame Toupin et en moitié par madame Létourneux, est également dressé par Dumas le 24 janvier 1861.

Le 19 juillet 1872, le Greffe d' Antoine Ovide Brousseau enregistre la donation par Louise Hospice Toupin, et dame Marie Angélique Léa Laflamme, son épouse, et autres, de la ville de Montréal, à Guillaume Pallascio, maître menuisier du même lieu, d'un terrain de forme irrégulière, situé à l'Île Perrot (lot no.1) sur lequel il y a une maison de pierre d'un étage et un vieux moulin à vent; la superficie imprécise du terrain est de 12 arpent; (Greffe d'Antoine O. Brousseau, Montréal).

Le 10 mars 1882, Gilbert Briault dit Barreault, cultivateur à l'Île Perrot, vend à Joseph Treflée Gault (Legault), cultivateur du même lieu, de la terre connue et désignée sous le numéro 1 du cadastre officiel; (Greffe de Jean Baptiste Defoy, Montréal). Dans ce contrat confus, le vendeur réserve pour son fils Dercé Briault, la maison, le moulin, le jardin et le bord de l'eau... Pourtant il est bien stipulé que l'acquéreur dit Gault prend possession d'une terre située en la paroisse de l'Île Perrot, appelée Pointe Du Moulin : de la contenance en sa totalité de 80 arpents en superficie, plus ou moins et sans garantie de mesure précise, le plus ou le moins devant tourner au profit ou au désavantage de l'acquéreur,.., avec une maison, grange et autres bâtiments dessus construits ... " Il s'agit donc d'une autre maison qui existe encore sur le terrain avec ses bâtiments en 1882; probablement la vieille maison seigneuriale.

Le 7 avril 1899 (Bureau d'enregistrement de Vaudreuil), Alphonse Pallascio, marchand de Montréal, fait faillite. Ambroise L. Kent et Alphonse Turcotte sont nommés curateurs de la faillite de Pallascio. Le lot no.1 est vendu à Joseph Edouard Caron, marchand tailleur de Montréal, et Peter Elie Brown, agent d'immeubles de Sainte‑Anne de Bellevue. Les "maison et autres bâtisses" sont inclus dans la vente.. Le 25 juillet 1903 (Bureau d'enregistrement de Vaudreuil), Joseph Edouard Caron et Peter Elie Brown vendent le lot no.1 à James Paton de Montréal, gentilhomme contracteur "maison et bâtisses " suivent la vente. Le 2 juin 1904, James Paton vend à William James Thompson de Montréal le lot no.1 et les bâtisses ci‑incluses; au prix de $1.00 plus autres considérations. Le 23 janvier 2906 Thompson vend le lot no.1 et ses bâtisses au Wind Mill Fin, Fur and Feather Club, corps politique et incorporé de Montréal, au prix de $1.00 et autres considérations. Thompson d'ailleurs représente le Club en question.

Le 5 mars 1913, le Conseil municipal du Comté de Vaudreuil adjuge le lot no.1 pour $22.26. Le 5 mai 1958, un jugement de la Cour Supérieur de Montréal rend The Wind Mill Fin, Fur and Feather Club réellement propriétaire du lot no.1; (annulant ainsi l'adjudication du Conseil municipal du Comté de Vaudreuil du 5 mars de la même année).

La municipalité de la Pointe Du Moulin ne fut incorporée qu'en 1958.

Le 28 novembre 1963 The Wind Mill Fin, Fur and Feather Club vend la pointe (lot 1, maison et autres bâtisses) à mademoiselle Fernande Létourneau. Le contrat est passé devant le notaire William Johnston de Montréal. Le 6 novembre 1964 (devant le notaire J. B. Lamarre de Dorion) Fernande Létourneau, demeurant à l'Île Perrot, vend à M. Lucien Thériault, agent d'immeubles de Dorion, de la moitié indivise d'un emplacement désigné sous le lot no.1 de la paroisse Sainte‑Jeanne‑de l'Île Perrot, avec les bâtiments ci‑dessus (maison et moulin). M. Lucien Thériault est présentement (1971) conservateur du musé de Vaudreuil. Sa passion pour les pièces d'intérêt historique est bien connue.

DEUXIÈME PARTIE

LES IMMEUBLES DE L'ÎLE PERROT ET LA POINTE DU MOULIN

Comme le lecteur a pu le constater, les premières bâtisses érigées sur l'Île Perrot furent probablement l'oeuvre du Sieur Brucy. Pour les besoins de la traite, on ne sait pas si de Brucy et ses associés mirent sur pieds des établissements temporaires entre 1671 et 1675, mais le 2 janvier 1675, le greffe de Bénigne Basset nous rapporte qu'...

"... Antoine de la Fresnaye, Sieur de Brucy, fait construire une maison incluant un magasin en l'Île Perrot, par Etienne Truteau, charpentier. Construite sur un solage de maçonnerie, cette maison de bois aura 25 pieds de longueur sur 20 de largeur et un carré d'une hauteur de dix pieds, avec une cheminée de pierre et une cave de 5 pieds sur la moitié de la maison..."

Il est également possible que les premiers "fermiers locataires" de file, sous l'administration Perrot, en l'occurrence, Jean de Lalonde dit L'Espérance, Robert Henry, Louis Homo, Honoré d'Asny et son épouse, aient construit des abris de quelque nature; (Greffe de Basset, 13 juillet 1674 et 15 mars 1676).

Toujours dans le greffe de Basset, (acte no. 1617, 27 mars 1685) "l'inventaire des biens de feu Charles Lemoyne de Longueil" mentionne "1'î1e Perrot avec ses appartenances et dépendances". Cette remarque peut signifier à la fois, d'une part les arrières‑fiefs et les autres files inclus dans la seigneurie, et d'autre part les bâtisses qui y existeraient.

"...Selon les ordonnances des Intendants, chaque seigneur concessionnaire devrait, dans un délai délimité, faire certains défrichements sur son fief, y favoriser l'établissement des colons et construire un moulin banal pour y moudre le grain des censitaires. Ce moulin devrait être en forme de tour avec des meurtrières pour faire feu de 1$ sur les ennemis..." (Lemoyne, T‑Nap, L'Île Perrot et ses environs, dans le journal L'Opinion Publique de Beauharnois, le 22 juin 1882.)

Un moulin à vent, pour être avantageux, devrait être construit à un endroit où il recevrait (serait alimenté en énergie) le plus de vent possible. Pierre Charray, constructeur de moulins vivant dans la région de Soulanges, insistait fortement sur la nécessité de construire les moulins sur les pointes (terres s'avançant sur le fleuve) et où les terres avaient été défrichées, de sorte que le vent puisse facilement développer un élan. (Greffe de Gabrion, no. 3854, 10 février 1785: Joseph Dominique Emmanuel Lemoyne de Longueil demande à Pierre Charray, Charpentier de Soulanges, de construire un moulin aux Cèdres

"... Dans le but de se protéger contre les ennemis de l'ouest, voici le plan que proposait le capitaine Duplessis, le 15 janvier 1690s entre autres, "un fort devrait être construit sur la baie la plus propice de cette île (Perrot), pour y servir de retraite en cas de tempête et pour s'y ravitailler tous les huit jours... (Documents Broadhead, IX p, 448.)

"... Je ne sais si ce fut pour rencontrer les vues du capitaine que fut construit vers 1700 le fort qui existe encore sur l'Île Perrot, à la Pointe du Moulin à Vent. Ce fort de pierre ne laisse plus voir ses meurtrières depuis une vingtaine d'années; le mortier et la chaux les ont fait disparaître. Il était en 1817 la propriété de Toussaint d'Arpentigny et tenait à la terre no. 1 du plan cadastral da la seigneurie. Le propriétaire actuel, Maxime d'Arpentigny, en fait sa résidence..." (Lemoyne, T‑Nap., L'Île Perrot et ses Environs, dans le journal L'Opinion Publique, de Beauharnois, le 19 octobre 1882.)

Question de prix, n'oublions pas qu'il coûtait deux et même trois fois plus cher qu'en France de construire et entretenir un moulin au Canada. Comme nous le disions dans la première partie du rapport, les LeMoyne (suffisamment à l'aise pour se le permettre) auraient fait construire un moulin sur l'Île Perrot à la Pointe du Moulin. Durant la même période, nous lisons dans le greffe de Basset (acte no.1734, 9 décembre 1686) un marché de charpente entre le Sieur Leber de Senneville et Léonard Paillard, maître‑charpentier, pour le moulin de Senneville. Paillard et Charay sont deux constructeurs de moulins dans la région. I1 est possible qu'un d'eux dirigea la construction du moulin de l'Île Perrot. La date de construction du moulin se situerait donc entre 1684 et 1703. Le toit du moulin est pivotant, de façon à pouvoir tourner l'hélice face au vent. Aujourd'hui, les rouleaux du mécanisme de rotation sont conservés au musée de Vaudreuil par Monsieur Lucien Thériault. La porte originale du moulin repose elle aussi au musée, sa partie supérieure est un carré de petites vitres triangulaires. Autour du moulin, la petite muraille de pierre est le reste de ce qui fut jadis une redoute et non un solage.

Le 4 juillet 1705, (greffe de Raimbeault, Montréal) dans un aveu et dénombrement de Joseph Trottier pour son fief et seigneurie de l'Île Perrot, le nouveau seigneur déclare avoir fait construire "une maison de pierre à chaux et sable" La maison seigneuriale de l'Île Perrot est donc construite entre 1703 et 1705. Le 29 septembre 1708, devant le notaire Lepailleur, "Léonard Paillard, maître‑charpentier, reconnaît avoir reçu la somme de 410 livres pour les ouvrages de charpente et autres, qu'il a fait au moulin de l'Île Perrot". Le‑seigneur Desruisseaux a donc fait réparer le moulin entre 1705 et 1708. Par ailleurs, certains historiens nous laissent sous‑entendre que le moulin construit par Desruisseaux.

Dans le rapport de l'inspecteur Gédéon de Catalogne (au roi), il est dit qu'en 1712 le moulin de l'Île Perrot est "beau". Dans le rapport de 1713 le moulin est dit "menaçant ruine". Ces deux remarques semblent créer un sérieux de contradiction pour bon nombre d'historiens. Certains pensent même que Gédéon parlait de deux moulins différents. I1 n'en est probablement rien. D'une année à l'autre, un seul hiver peur causer des dommages considérables même au meilleur moulin le froid, le gel, la neige et surtout le dégel. Au printemps, par exemple, quand les glaces fondent sur le fleuve Saint‑Laurent et la rivière Outaouais, elles font monter l'eau sur l'Île Perrot de façon à baigner dangereusement les bâtiments de la Pointe du Moulin. L’eau attaque fort bien le mortier qui cimente les pierres des bâtiments, de façon à le décomposer.

Dans l'aveu et dénombrement de Dame Françoise Cuillerier, le 2 août 1724, le domaine est décrit en détail; (aveux et dénombrements, régime français, cahier 1, folio 173). La maison seigneuriale a 45 pieds de long par 26 de large; elle est en pierre ainsi que la grange étable de 75'par 30' et le moulin. Il n'est toujours pas question de la maison du meunier.

Le moulin de l'Île Perrot, outre la production de la farine, remplissait une fonction relativement importante dans la navigation du Saint‑Laurent. I1 servait en quelque sorte de phare. Dans le Journal de Joseph Gaspard Chausegros de Léry, lieutenant des troupes, le 3 mai 1754, on lit "... Je mis... le cap sur le moulin de l'Île Perrot. . . "

Dans un acte de Louis‑Joseph Soupras, (no. 1466, 12 nov. 1774, Montréal), intitulé "état des meubles et autres choses de Jean-Baptiste Leduc" (père), les immeubles du domaine seigneurial sont inventoriés;

"...Une maison de pierre maçonnée de 37' de large sur 40' de long couverte de bardeaux avec ses planchers hauts , et bas de madriers de pins embouffetés, divisée en cinq appartements, ses portes et châssis, contre‑vents, le tout garni (en partie) de leurs verres et ferrements..." (I1 s'agit probablement de la maison seigneuriale; mais il est quand même étrange que les différents actes qui en parlent ne s'accordent pas au sujet de ses dimensions.)

"... Une grange‑étable adjacent de 60' de long sur 30' de large avec la batterie couverte en paille (menaçant ruine)... dans lesquels sont les bleds, avoines, qui seraient battus par ledit fermier (Michel Houlle)..." (encore une fois, les mesures différentes de celles données dans l'aveu et dénombrement du 2 août 1724. S'agit‑il d'une erreur d’inscription, de transformation faites sur les bâtisses, ou encore d'une méthode différente de mesurer?)

"... un verger... une clôture en poteaux de cèdres... (menaçant ruine)"

"... un moulin à vent "hors d'oeuvre,..." Cette expression moulin à vent "hors d'oeuvre" est très vague. Je ne crois pas me tromper de beaucoup en disant que le moulin devait tout simplement avoir été hors d'usage pendant un certain temps, pour une raison ou une autre. Enfin, que le lecteur remarque qu'il n'est toujours pas question de la maison du meunier en 1774.

Quoiqu'il en soit, l'inventaire de moulin de Soulanges (greffe de Gabrion, no 3017, 13 oct. 1780) nous donne une idée des articles dont le meunier faisait usage :

Inventaire du moulin de Soulanges :

-       chaudrons de fer et de fer blanc; poêles

-       ustensiles de cuisine

-       jarre de terre

-       poêle de fer

-       haches (2)

-       égoïne (1)

-       pioche (1)

-       masse (2)

-       marteaux (11)

-       pinces de fer

-       scie de travers

-       tenailles

-       grands fanaux (2)

-       lampes de fer (2)

-       barres de fer (en grand nombre et de toutes sortes)

-       coffre à clef

-       charrette

-       cheval et harnais

-       canot en bois de pin

-       chaudières de cuivre et de fer.

(on retrouve dans le greffe de Gabrion un autre inventaire du moulin de Soulanges no. 20, 27 septembre 1793).

Le 7 février 1785, quand les biens de Jean Baptiste Leduc sont saisis, "le domaine seigneurial de l'Île Perrot contient environ 9 arpents de front, sur lequel sont construits de pierre, une grange‑étable, moulin à vent avec dépendances et appartenances. La maison du meunier figure-t-elle parmi ces"dépendances et appartenances" ? Tout porte à croire que non puisque le premier août 1785, (Greffe de Gabrion, no.3928, Montréal), Thomas Dennis, le nouveau seigneur, conclut un marché avec Charles Cytoleux, maître farinier; contrat au terme duquel Cytoleux s'engage à. réparer les murs, la toiture, les planchers (hauts et bas), les roues et les hélices du moulin. Pierre Cahrray viendrait inspecter la besogne. De son côté Dennis permet à Cytoleux de garder les revenus du moulin pendant trois ans, et le laisse, lui et sa famille, habiter la "maison seigneuriale". S'il y avait eu une "maison du meunier" sur la Pointe Du Moulin à cette date‑lâ, il faut croire que le meunier aurait habité celle‑là et non la maison seigneuriale.

Vraisemblablement il y eut un empêchement à l'aboutissement de ce contrat avec Charles Cytoleux puisque le 26 avril 1786 (greffe de Gabrion, acte no.4034), "... Thomas Dennis, seigneur de l'Île Perrot, a loué depuis le premier du mois et pour trois ans, à Jean‑Baptiste Relle (Riel? Harel?), maître farinier et laboureur, le domaine seigneurial, principal manoir et le moulin à vent. Ce dernier sera en état de fonctionner d'ici la fin du mois de juillet prochain ..." Quant à la grange, le locataire s'engage $ la recouvrir en paille longue.

Le 11 juillet 1786, (greffe de Gabrion, Montréal) :

"... Louis Préjean, demeurant à l'Île Perrot, s'engage à fournir âThomas Dennis, seigneur de l'Île Perrot, la quantité de 1,500 bouligniers de cèdre de 16 ou 18 pieds de long et d'un minimum de six pouces de diamètre entre les deux écorces. Lesquels bouligniers il livrera en cajeu sur la grève, devant le domaine seigneurial de l'Île Perrot ..."

Le marché est fait pour la somme de 750 livres ancien cours. Les bouligniers de cèdre allaient ordinairement à la construction de clôtures. Selon Lionel Seguin, le mode de construction de clôture était le suivant :

"... Elle consistait en deux pieux plantés en terre, l'un vis à vis l'autre, à environ un pied de distance. Ces pieux, percés à la tarière, étaient traversés de trois ou quatre chevilles de bois sur lesquels reposaient généralement les poteaux de cèdre. Comme cet ensemble était porté à se défaire ou à se briser assez facilement, on a remplacé les chevilles par des blochets (courtes billes de bois que l'on place entre les perches, vis‑à‑vis des pieux), et on a relié l'extrémité des pieux par une lunette (pièce de bois formée d'une bille fendue en deux et percée d'un trou à chaque extrémité). Cette pièce est mise à coulisse dans les pieux pour les tenir en place. Les trous sont d'abord creusés à la tille. Par la suite, ils seront percés à la tarière ..." (Seguin, Robert Lionel, La civilisation traditionnelle de l'habitant..., page 453.).

Le 3 février 1791 (Greffe de Gabrion, acte no.4651) :

"... Thomas Dennis (père) résidant à Soulanges, étant aujourd'hui en sa maison seigneuriale de l'Île Perrot, déclare avoir baillé depuis le 16 août 1790, et pour une période de cinq ans, à Charles Cytoleux dit Langevin, maître farinier demeurant t à l'Île Perrot, un moulin à vent, tournant et faisant farine, en très bon état et aussi une petite maison sise près du moulin ...."

Cet acte porte la première mention spécifique de la "maison du meunier". Elle serait donc vraisemblablement construite entre 1786 et 1790. L'inventaire des biens de Thomas Dennis (fils), (1798), nous apprendra que la maison du meunier a un "toit de planche". A l'origine la maison du meunier n'a pas de lucarne. Elle n'a qu'un seul étage et le meunier utilise le "grenier" pour emmagasiner son grain et le protéger des dangers extérieurs. Les lucarnes seraient une transformation datant du 19ème siècle. Habituellement on en perçait le grenier quand les habitants de la maison voulaient utiliser cette pièce pour coucher des membres de la famille.

Le 20 janvier 1796, Thomas Dennis (fils), loue pour une année, le moulin et la maison du meunier à Charles Cytoleux.

Le 13 février 1798, le domaine seigneurial est décrit en détail dans l'inventaire des biens de feu Thomas Dennis (fils), époux d'archange Campault, (Greffe de Gabrion) :

-       "... une maison de pierre de 35 pieds de long par 25 pieds de large, divisée en cinq appartements, plus une cave, un grenier et deux cheminées, le tout en bon état,.."

-       "... une autre maison de pierre, vieille et menaçant ruine, où est logé Joseph Hurteau, le gardien du domaine, ayant 30 pieds de long par 22 pieds de large ..."

-       "... une grange en poteaux de cèdre (peut être ceux que Préjean avait vendu à Thomas Dennis père), couverte de paille, de 60 pieds de long par 28 pieds de large ..." Ce bâtiment nécessite des réparations.

-       "... quatre moyens bâtiments situés près de la grange et servant au logement des animaux ..." Ces bâtiments sont tous couverts en planche, en bon état, les portes bien ferrées.

-       "... une vieille laiterie bâtie près de la maison ..." La porte est sans ferrement et la bâtisse est couverte en planche.

".... De petites dimensions, la laiterie se dresse ordinairement à proximité du fournil ou de la cuisine. C'est là qu'on garde les denrées périssables, principalement les produits laitiers qui servent à l'alimentation de la famille. Les murs, épais, sont érigés de pierre ou de pièces sur pièces. Dans le dernier cas, ils sont souvent lattés ou crépis. Le bâtiment de pierre est souvent coiffé d'un toit à pavillon alors que celui de bois est ordinairement couvert à combles droits. Dans un cas comme dans l'autre, les toitures sont faites de planches, de bardeaux et même de paille ..." (Seguin, Robert Lionel, op. cit. page 356.)

"... un bon moulin à vent, tournant e t faisant farine ..."

"... une autre maison de pierre, servant de logement au meunier, ayant 26 pieds de long par 24 pieds de large, avec une seule cheminée et divisée en deux appartements ..." La maison du meunier est maçonnée à chaux et à sable; la couverture est en planche; les portes, les châssis et les contrevents sont bien vitrés et ferrés. Nous ouvrons ici, une parenthèse sur les méthodes de construction. "... The main floor is raised three to four feet from the ground and is reached by steps and gallery. The entrance door opens direct into one of the two rooms which usually make up the ground plan, one serving as a living room and kitchen, and the other as a parlour, and from the corner of one of them, the stairs rise irregularly to the big attic ..." (Roy, Pierre‑Georges, Vieux manoirs, vieilles maisons, page 3,58).

L'avant‑toit qui forme la véranda à l'avant de la maison est sûrement une transformation ultérieure.

"... Today we rather associate deep eaves with the Quebec cottages, yet the oldest cottages do not seem to have had projecting eaves although these were often added later, probably to keep the snow away from the windows and wall head. The additional eaves produced the curved bellcast which is so characteristic and which was copied in the later houses. The deep shadow beneath the eaves is of great artistic value, but practically the curving roof tends to hold the snow and to form icicles; it is not a good winter roof. But it was apparently admired, since all but the earliest houses have the bellcast..." (Traquair, Ramsey, The Cottages of Quebec, page 11).

"... des tambours sont accrochés aux murs de certaines maisons. Selon un auteur du début du 18ème siècle, l'appellation signifie une "avance de maçonnerie ou de menuiserie dans un bâtiment où l'on veut faire une double‑porte". Précaution pour le moins élémentaire dans un pays froid comme le nôtre ou contre-portes et tambours tiendront maisons bien au chaud..." (Seguin, Robert Lionel, op.cit., page 322).

"... les fenêtres à carreaux ont deux vantaux ou deux battants. Il y a généralement dix carreaux par vantail, lesquels sont disposés en deux rangées de cinq carreaux chacune. Ces carreaux mesurent ordinairement neuf pouces de hauteur sur huit pouces de largeur..." (Seguin, Robert Lionel, ibid. p.319).

"... Portes, fenêtres, contrevents et volets sont tenus en place à l'aide de gonds, de pentures, et de couplets de fer... Enfin les contrevents et les volets sont tenus ouverts à l'aide de esses, fixées dans la muraille. La plupart de ces esses, finement martelées, sont des petits chef d'oeuvres de ferronnerie..." (Seguin, Robert Lionel, op.cit., page 323).

Toutes ces pièces métalliques sont fabriquées par le forgeron avec de vieux morceaux de fer.

Revenons maintenant à la fin de l'inventaire des biens de Thomas Dennis. Il y avait encore un jardin potager près de la maison. Le domaine est

"...entouré de très vieilles clôtures tant dans les lignes que sur l'étendue du dit domaine, et tous les fossés nécessaires en bon état...". Le domaine comprenait également des latrines.

".., mesure préventive le 1er février 1706 (rappel de l'ordonnance du 11 mai 1676). Chaque maison doit avoir sa latrine. Cette fois la consigne est plus sévère... Ce lieu d'aisance se trouve ordinairement près du hangar. Il consiste en un simple abri de planche couvert d'écorce ..." (Seguin, Robert Lionel, op.cit., page 359).

A partir de 1857 (et même 1832) on ne parle plus de la "maison seigneuriale" comme telle dans les contrats concernant la Pointe Du Moulin. Si elle a été construite entre 1703 et 1705, il n'est pas surprenant qu'on n'en parle plus en 1857. Déjà vieille de 150 ans, elle put être disparue à ce moment‑là. Pourtant il pourrait être question de la "maison seigneuriale" dans le contrat de vente par Gilbert Briault dit Barreault à Joseph Treflée Gault, le 10 mars 1882; (Greffe de Jean Baptiste Defoy, Montréal). Toutefois l'écurie, ou la grange étable apparaît toujours sur les contrats.

A compter de 1899, les contrats, quand ils parlent des immeubles sur la Pointe Du Moulin, mentionnent tout simplement "maison (au singulier) et autres bâtisses". Le Wind Mill Point Fin, Fur and Feather Club démolira une bâtisse qu' il prétendra être la maison seigneuriale. Quoiqu'il en soit, le vague entoure toujours la date de disparition de la maison seigneuriale et de la grange étable, ainsi que la date de construction de la maison du meunier.

CONCLUSION

Si on respecte l’histoire, l'Île Perrot célèbre son tricentenaire le 29 octobre 1972. Pourtant rien n'est encore prévu à. l'Île Perrot pour cette occasion.

L'Île Perrot est un endroit populaire auprès des villégiateurs. Si on en juge d'après le nombre de visiteurs qui fréquentent la vieille église Sainte‑Jeanne (à environ trolls milles de la Pointe Du Moulin), sans doute un site historique aménagé à la Pointe Du Moulin créerait un vif intérêt chez les habitants de la région et chez les gens qui sont de passage.

D'abord la Pointe Du Moulin étant toujours parfaitement isolée des petits centres de développement de 1'î1e, elle a conservé l'allure et le charme qu'elle avait à l'époque où elle portait l'ensemble du Domaine seigneurial de l'Île Perrot.

I1 se dégage du rapport, l'importance primordiale que toute discussion historique (qu'elle soit écrite, filmée, architecturale, théâtrale, ou autrement) de l'Île Perrot doit attacher aux activités de la traite dont 1'î1e fut le théâtre depuis sa découverte jusqu'à la fin du 18ème siècle. Faut‑il croire que, faute de ne pas avoir fait du commerce à, l'Île Perrot un succès permanent, les seigneurs ont privé 1'î1e d'un brillant avenir commercial.

Le lecteur doit également prendre conscience du rôle qu'on joué les seigneuresses de l'Île Perrot. Elles ne suivaient probablement pas leurs maris à travers bois et forts, lacs et rivières au cours des voyages de traite. Par conséquent elles voyaient à toutes les affaires de la seigneurie.

Enfin quelques remarques d'ordre technique. Si on pense sérieusement à créer un parc de quelque nature que ce soit sur la Pointe Du Moulin à l'Île Perrot, il sera absolument nécessaire de construire un mur qui l'entoure en partie et le protège contre les crues printanières du Saint‑Laurent et de l'Outaouais.

Au printemps 1971, le moulin, la maison du meunier et la pointe entière ont été généreusement inondés. Je n'ai pas pu estimer le nombre de pieds de la, montée d'eau puisque l'inondation m'a empêché d'approcher à moins de 500 pieds (et peut‑être plus) de la maison de meunier

BIBLIOGRAPHIE

(Différents ouvrages consultés avec plus ou moins de succès)

I. Sources officielles

Les Rapports de L'Archiviste

Greffes de notaires de la région de Montréal :

Basset, Bénigne, 1671‑1699

Adhémar, Antoine, 1676‑1706

Adhémar, Jean‑Baptiste, 1714‑1754

Maugue, Claude, 1677‑1696

Watier, T. 1751‑1784

Raimbeault,

Lepailleur, F., 1733‑1739

Lepailleur, M., 1703‑1732

Danré de Blanzy, Louis Claude, 1738‑1760

Gabrion, J., 1780‑1804

Bastien, J. O., 1827‑1839

Bastien, François de LaSalle, 1850‑1899

Bastien, Eugène C., 1891‑1899

Delisle, Jean Guillaume, 1768‑1819

Mackay, C. 1828‑1889

Mondelet, J.M., 1794‑1842

Soupras, Louis Joseph, 1762‑1792

Doucet, N. B., 1804‑1851

ROY, Pierre Georges, Inventaire des concessions en fief et seigneurie, Fois et Hommages, Aveux et dénombrements conservés aux archives de la Province de Québec; Beauceville, "L'éclaireur" limité, éditeur, 1927.

ROY, Pierre George, Inventaire des greffes des notaires du régime français, Archives de Québec.

II. Ouvrages de base, généralement reconnus comme sources

Bouchette, Joseph, A Topographical Dictionary of the Province of Lower Canada, 1832.

Charlevoix, Pierre François Xavier de, Histoire et description générale de la Nouvelle‑France avec le journal historique d'un voyage fait par ordre du Roi dans l'Amérique septentrionale, Paris, Didot, 1744.

Dollier de Casson, abbé François, Histoire de Montréa1, 1640‑1672, dans la Société historique de Montréal  Mémoires, Montréal, 1868.

Dumas, Norbert, Le cadastre de l'Île Perrot, 24 janvier 1861.

Faillon, Abbé E. M., Histoire de la colonie française en Canada, Ville-Marie, bibliothèque paroissiale, 1866 .

Girouard, Honoré Désiré, Lake St‑Louis, Old and New, and Cavelier de LaSalle; Colombian edition, Montréal, imprimé par Poirier, Bessette et Co., 1893.

LeMoyne, Thomas Napoléon, L'Ile Perrot et ses environs, publié dans un journal de Beauharnois appelé L'Opinion Publique, 1882.

Sulte, Benjamin, Histoire des Canadiens‑français 1608‑1880, Montréal, 1882‑1884 .

Vondenvelden, William, et Charland, Louis, Extrait des titres des anciennes concessions de terre en fiefs et seigneuries faites avant et depuis la conquête de la Nouvelle‑France par les armes britanniques dans la partie actuellement appelée le Bas‑Canada ; tiré des registres déposés au bureau du secrétaire de la province et par cet officier certifiés véritables pour servir de références aux seigneuries respectives posées sur la carte topographique du Bas‑Canada .... ; imprimé par P. E. Desbarats, rue de la Montagne, Montréal, 1803.

III. ÉTUDES

Carrière, V. (prêtre curé), Histoire de l'Île Perrot, 1949. (L'interprétation de Carrière est typiquement cléricale. D'ailleurs LeMoyne, qu'il édite, n’est‑il pas descendant du rival de Perrot?

Lahaise, Robert, Les principales phases de l'évolution économique de la Nouvelle‑France, essai publié dans Economie québécoise, les Cahiers de l'université du Québec, Montréal 1969.

Malchelosse, Gérard, François Marie Perrot deuxième gouverneur de Montréal et sa famille, Les Editions des Dix, Montreal, 1942.

Nish, Cameron, Les Bourgeois Gentilhommes de la Nouvelle‑France 1729-1748, Fides, Montréal, 1968.

Roy, Pierre George, Vieux Manoirs, Vieilles Maisons, Commission des lieux historiques, Québec 1927.

Seguin, Robert Lionnel, La civilisation traditionnelle de l'habitant au 17ème et 18ème siècle, Fides, Montréal et Parcs, 1967.

Traquair, Ramsey, The Old Cottages of Quebec, McGill University Publications, 1926.

Traquair, Ramsey, The Old Architecture of French Canada, Queen's Quarterly,

Traquair, Ramsey, et Adair, , E. R., The Church of Sainte‑Jeanne Françoise de Chantal on the Île Perrot, McGill University Publications, series XIII, Arts and Architecture, no. 35. Reprinted from the Journal Royal Architecture Institute of Canada, May, June 1932, Montreal.

Vallerand, Noel, Agriculturisme, industrialisation et triste destin de la bourgeoisie canadienne française, 1760‑1920: quelques éléments de réflexion; publié dans Economie québécoise, Les Cahiers de l'université du Québec, Montréal 1969.Wardleworth, E. S., François Marie Perrot and the Île Perrot, thèse de maîtrise écrite l’université McGill,


APPENDICE 1

Plan de l’établissement du Domaine seigneurial de l’Île Perrot (Pointe Du Moulin)


APPENDICE 2

PLANS D’ARCHITECTURE DU MOULIN ET DE LA MAISON DU MEUNIER